Manuel Valls s’est étonné, dimanche, que l’agression antisémite de Créteil n’ait pas déclenchée plus d’indignation dans la société.

Oui, comme s'​il y avait une sorte de résignation à l’idée qu’une partie de la population de certains quartiers s’ancre dans un antisémitisme banalisé. Un antisémitisme qu’il faut différencier de l’antisémitisme d’antan, celui de Maurras qui dénonçait pêle-mêle les loges et le ghetto, l’antisémitisme de Vichy, qui était imbriqué dans une détestation de la République, des Lumières et de la démocratie. Il était catholique, quasiment culturel et pouvait toucher une partie de la gauche avec cette caricature du juif apatride, agent de la finance internationale. Cette forme d’antisémitisme a abouti à l’une des plus grandes monstruosités qu’ait pu réaliser notre pays en participant à la déportation des juifs. Et même si de récentes études d’opinion montrent que, notamment au sein de l’électorat FN, cet antisémitisme n’est pas éteint, ce n’est pas celui-là qui est en cause aujourd’hui. Le philosophe Pierre-André Taguieff a tenté de définir le nouvel antisémitisme. L’ancien était basé sur le racisme et le nationalisme. Le nouveau serait, au contraire, basé sur un antiracisme et un antinationalisme dévoyé. Un mélange de dérive d’anticolonialisme et de déviance de l’antisionisme.

C’est Dieudonné par exemple…

Oui et cet antisémitisme de banlieue, qui prospère sur Internet, nourrit​ le ‘conspirationnisme’ et le négationnisme… Il véhicule les mêmes stéréotypes racistes que l’ancien antisémitisme, selon lesquels, par exemple, les juifs seraient tous riches et influents dans les hautes sphères. L’antisémitisme identitaire, plus que culturel, en cause dans ces faits-divers, procède aussi d’un complexe victimaire. Une partie de la population, souvent issue de l’immigration ou des territoires d’outre-mer, voient dans la compassion officielle envers les victimes de la Shoa une injustice, une différence de traitement avec les souffrances que leurs ancêtres ont endurées du fait de la colonisation et que eux-mêmes​ endurent avec la ghettoïsation urbaine, une forme de ségrégation implicite. Le fait que les nouveaux agresseurs antisémites soient issus de populations elles-mêmes victimes ou ‘victimisées’, qu’ils ne soient pas, comme auparavant, des puissances installées, des notables enracinés, rend l’indignation moins évidente pour toute une partie notamment de la gauche, trop sensible au contexte d’une agression par rapport à la gravité de l’agression elle-même. Le piège du contexte… c’est exactement ce qui faisait qu’une bonne partie de la gauche ne réagissait pas spontanément au début de l’affaire Dreyfus qui ne concernait que des militaires bourgeois. Le plus grand moteur de la banalisation d’un mal c’est la tendance à tout contextualiser et donc à déresponsabiliser. Aujourd’hui, les intellectuels, les consciences,​ sont sans doute trop aveuglés par le contexte social de ces crimes pour en déceler l’horreur véritable.

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