La loi dite ‘séparatisme’ !

 Et, c’est à signaler, enfin une loi qui traite de la place de l’islam dans la société sans faire, finalement (et pour l’instant)  trop de polémiques!  Uniquement, par reflexe, de la part des extrêmes. Le projet de loi évite l’écueil le plus courant sur ces sujets : l’amalgame. Le discours qui l’accompagne est limpide. L’utilisation du terme ‘séparatisme’ permet de se débarrasser du terme piège ‘communautarisme’ qui semble pointer toute une communauté. Cependant la loi ne s’appelle plus ‘loi contre le séparatisme’ puisque le séparatisme est une opinion, parfois tout à fait légitime. Des séparatistes sont d’ailleurs élus dans plusieurs régions, comme en Corse. Pas question, donc, de confondre l’islam et l’islamisme politique. Le recteur de la mosquée de Paris, lui-même, s’y retrouve. Aucune des mesures proposées ne vient contredire cette précaution essentielle. Que les organisations cultuelles soient contraintes de passer sous le régime de la loi de 1905, faite pour ça, plutôt que de rester sous celui des associations, est difficilement contestable. Le régime des associations permet trop facilement la prise de contrôle par des groupes dissimulés et malveillants. Le Conseil d’Etat a pointé l’idée selon laquelle on pouvait interdire l’instruction à domicile mais des mesures sont quand même instaurées pour endiguer la déscolarisation de nombre d’élèves musulmans, orientés, en réalité,  par leurs parents, vers des écoles coraniques plus ou moins clandestines. Des mesures comme l’intervention du préfet pour faire suspendre une décision d’un élu contraire à la neutralité du service public, peuvent être vues comme une atteinte à la décentralisation mais aussi (surtout) comme une protection des élus qui bénéficieront, dès lors, d’arguments d’autorité pour contrer d’éventuelles pressions communautaires, comme par exemple réserver des horaires de piscine aux femmes. Il y a enfin les mesures, dites Samuel Paty, destinées à protéger les agents de l’état de la haine en ligne, indispensables mais qui nécessiteront une surveillance vigilante dans leur rédaction finale et leur application. Heureusement rien n’est prévu (pour l’instant du moins) pour durcir la législation sur le voile, devenu un totem irrationnel. 

 La loi est bien faite, dites-vous, mais... Il y a un mais…

  Oui, la loi, bien que nécessaire, ne palliera pas le fait que la promesse républicaine d’égalité n’est pas tenue. La discrimination, la ghettoïsation, une profonde inégalité spatiale nourrissent le repli, l’islamisme politique que la loi entend combattre. C’est l’angle mort de l’action macronienne sur ces sujets. Et puis il y a les interdictions administratives. Comment armer la démocratie sans la dénaturer ? Le CCIF, cette association dite ‘antiraciste’, qui estime qu’il y a un racisme d’Etat contre les musulmans, que toute action contre l’islamisme est islamophobe, est par bien des aspects détestable. Sa dissolution est-elle justifiée pour autant ? Elle est juridiquement fragile, politiquement inquiétante. Depuis quand est-il possible d’interdire des opinions détestables ? Voilà qui vient un peu gâcher l’exploit que constitue l’équilibre de la loi dite ‘séparatisme’.  

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