Retour sur les propos négationistes de l'évêque britannique, Richard Williamson. Cette histoire est un cas d'école. L'évêque à qui le pape demande de revenir sur ses déclarations par lesquelles il avait mis en doute la réalité de la shoah, cet évêque dit aujourd'hui qu'il acceptera de rectifier sa position si on lui prouve l'existence des chambres à gaz ! Devant une telle énormité et une telle indécence intellectuelle, il faut tout poser à plat ! On a donc un monsieur qui croit en Dieu - là, tiens, il ne demande pas des preuves tangibles - ce monsieur est traditionnaliste - donc, qui croit que Dieu a créé le monde en 7 jours, qu'Adam et Eve ont mangé la pomme, que Moïse a séparé la mer en deux pour faire passer son peuple, que le paradis ou l'enfer sont notre futur que Bernadette Soubirous a bien vu la vierge à Lourdes - et tout un tas d'autres faits pour lesquels ça fait longtemps que ceux qui osent douter ne se permettent plus, par respect des croyances, ne se permettent plus de demander des preuves. En plus d'être un dangereux extrémiste, l'évêque Williamson est inconséquent parceque si le pape lui demande de réfuter ses propos, c'est que Dieu le lui demande puisque : c'est le Saint-Esprit qui guide le choix des cardinaux dans la désignation du successeur de Saint-Pierre. Donc le pape est infaillible ! Si l'évêque Williamson est un tant soi peu logique avec lui même, il devrait croire ça aussi. En réalité, nous sommes devant une situation aussi absurde qu'affligeante. Une situation qui doit être particulièrement pénible pour nombre de chrétiens qui font de leur foi une ouverture sur les autres, une forme d'humanisme, et qui représentent la grande majorité des catholiques et des prêtres français notamment. Ils se retrouvent caricaturés par un homme qui, sans doute, estime, comme le pensaient les papes d'avant (les papes peuvent être infaillibles et contradictoires c'est ça qui est pratique), qui pensaient que les juifs forment un peuple déicide, responsable de la mort du Christ. Benoit XVI est le premier fautif de cette situation. Il sait maintenant que Williamson est antisémite. Pourquoi cherche-t-il à réintégrer dans l'église les représentants de telles croyances criminelles ? Est-ce une nécessité spirituelle ou sommes-nous en présence du chef d'une puissance politique qui veut réunir toutes les forces catholiques, quelles qu'elles soient, comme un vulgaire chef de parti voudrait pouvoir impressionner quand on lui demande : le Vatican ? Combien de divisions ? Les évêques français sont accablés par cette affaire. Et ce qui est remarquable, c'est qu'ils le montrent sans diplomatie aucune. Dans la plupart des réactions des évêques français, on sent une colère à peine voilée contre ce formidable gâchis. Il en est de même pour les politiques. La réaction d'Angela Merkel réclamant au pape une parfaite intransigeance face au négationnisme est sans ambage. La réaction outrée de Nicolas Sarkozy, jeudi soir à la télévision, est également sans équivoque et l'on ose imaginer que les frais, les honneurs faits à Benoit XVI lors des visites du Président à Rome ou lors des voyages du pape en France, seront un peu moins appuyés les prochaines fois ! La thèse selon laquelle toute cette affaire n'est que le résultat d'erreurs de communication du Vatican, comme certains zélateurs du chef de l'église l'analysent, est un peu courte. « Lorsqu'une question soulève des opinions violemment contradictoires, on peut assurer qu'elles appartiennent au domaine de la croyance et non pas à celui de la connaissance ! » disait Voltaire. Ce qui est en jeu, c'est que l'existence des chambres à gaz devienne une opinion, une croyance liée à une religion, que les autres religions pourraient être autorisées à mettre en doute, une thèse historique que l'on peut soutenir comme on pourrait soutenir l'inverse plutôt qu'un fait, tout simplement.

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