Vous revenez ce matin sur le débat autour de l’identité nationale.Le débat vient officiellement de franchir une étape. Il n’est pas fini. En réalité il est pris en main par le premier ministre qui, encore une fois, joue ce qui devient son meilleur rôle : sauveteur de situation inextricable (il avait déjà très bien fait ça devant l’association des maires de France souvenez-vous). François Fillon a donc hier annoncé quelques mesures plus ou moins symboliques, comme afficher la déclaration des droits de l’homme dans chaque classe, favoriser un parrainage entre un citoyen volontaire et un étranger nouvellement arrivé mais en situation régulière. Des mesures simples et certainement positives mais qui ne nécessitaient pas ce débat mal perçu, à gauche comme à droite. Les grandes introspections c’est bon pour la campagne présidentielle. Nicolas Sarkozy avait d’ailleurs gagné en 2007 aussi parce qu’il avait le mieux poser les questions « qui sommes nous, que voulons nous, où voulons nous aller ? ». Il y avait répondu notamment dans son discours du 14 janvier 2007, un discours salué par ses partisans comme par ses adversaires comme étant un discours réussi sur le thème de nos interrogations identitaires. « Parlez moi de moi, y a que ça qui m’intéresse », chantait Juliette Gréco, les bons politiques savent bien qu’il faut nous parler de nous pendant les campagnes. Vous remarquerez d’ailleurs que les principaux candidats cherchent toujours à mêler, dans leur discours, le materiel et le fondamental. Ça tourne toujours autour des valeurs républicaines, ils déclinent « liberté-égalité-fraternité ». Se présenter à l’élection présidentielle en France c’est tout simplement dire et détailler sa façon de mettre en œuvre le triptyque. On peut s’écharper sur ce que l’on met derrière ces mots mais ce sont les valeurs républicaines, ces trois mots plus la laïcité qui reviennent toujours. Les campagnes présidentielles, de plusieurs mois, tous les cinq ans sont faites pour ça. Une fois la campagne finie, le candidat élu, le débat se poursuit dans la société. il ne s’arrête jamais, il est alimenté par les partis politiques, par les clubs politique, la presse, il fait l’objet de livres, de thèses, de travaux universitaires…il vit tout seul n’a certainement pas besoin de l’exécutif qui est là pour exécuter pas pour débattre… l’exécutif exécute, c’est marqué dessus ! Ses projets, les propositions de sa majorité sont discutés (débattus) dans un cadre précis, celui du parlement avec ses règles, ses rythmes. Il n’y a pas de place pour des débats en l’air ou alors il est forcement suspect. François Fillon dit d’ailleurs que le débat va se poursuivre avec des intellectuels, des écrivains.Et justement, pour ceux qui s’intéressent à notre identité, à ce qui fait la spécificité de la France, il y a déjà dans notre histoire littéraire et politique un foisonnement de textes fondateurs que l’historien Vincent Duclerc a réuni dans un livre paru en 2008. De grands textes institutionnels comme la déclaration des droits de l’hommes ou le texte de la loi du 5 mars 1848 qui instaure le suffrage universel (masculin) mais aussi et surtout des textes de résistants, d’historiens, de militants. De l’anarchiste communard et humaniste Jean Allemane aux inévitables Montesquieu, Hugo, Péguy, Mauriac. Il y a également l’échange de correspondance entre Camus et son instituteur, ou l’on perçoit l’importance de l’éducation pour la propagation de l’esprit des lumières. Beaucoup de textes de résistants de tous bords. Ou l’on s’aperçoit que ces écrits sur la France, la démocratie et la république par les intellectuels ou hommes politiques qui se sont opposés à Vichy (comme ceux des écrivains dreyfusards qui figurent dans ce livre) ont fournis de quoi dessiner les contours de l’identité de la France, (pour reprendre le terme de Braudel). Donc, il faut lire « la France, une identité démocratique » textes réunis par Vincent Duclerc aux éditions du Seuil.

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