**Et maintenant, l’affaire des vacances de François Fillon au frais de l’Egypte !On apprend donc, grâce au Canard Enchainé que le Premier ministre s’est fait payer ses vacances, avion intérieur, balade sur le Nil et hébergement en Egypte, par Hosni Moubarak, ou plutôt par le contribuable égyptien. Voilà qui vient sauver in extremis Michèle Alliot-Marie. Imaginez la ministre des affaires étrangères renvoyée du gouvernement (avec son mari, également ministre), il faudrait que François Fillon soit logé à la même enseigne! Le gouvernement serait alors décapité. Donc il ne se passera rien. C’est vrai, rien d’illégal n’ayant été commis, on peut en rester là et ce sera le cas parce que c’est comme ça en France. Pourtant en juin, après l’affaire Joyandet, le président avait été obligé de réaffirmer ce qui paraissait la moindre des choses pour tout le monde : les ministres doivent payer leur vacances. Il y a –c’est vrai- dans les relations internationales, une part de relations personnelles nécessaires entre les chefs d’Etats et aussi entre les ministres des affaires étrangères ; on s’invite un week-end dans sa maison de campagne en marge d’un voyage officiel, pourquoi pas. On peut même comprendre une certaine proximité avec des chefs d’Etat de pays qui, disons, n’ont pas les mêmes standards démocratiques que nous mais c’est aux dirigeants de trouver la limite entre ce qui relève des relations professionnelles plus ou moins amicales et ce qui pourrait relever du conflit d’intérêts ou tout simplement du mauvais goût. Les vacances privées offertes par des chefs d’Etat peu démocratiques et de pays pauvres sont largement au-delà de la limite ! Ces vacances ont-elles eu une influence sur la façon dont la France a réagi aux révolutions tunisienne et égyptienne ?Ce n’est pas précisément parce qu’Hosni Moubarak paye les vacances de François Fillon ou parce que Michèle Alliot-Marie se fait transporter par un riche ami du régime tunisien ou (ne l’oublions pas) parce que le Président passe ses vacances de Noël dans un palais royal marocain, aux frais du contribuable marocain, que la France n'est pas capable de trouver les mots pour accompagner ces peuples qui se libèrent. Mais un responsable politique ne devrait pas se mettre en situation de conflit d’intérêts ou d’aveuglement. C’est plus compliqué pour la France d’aller dire aux autres présidents et rois de cleptocraties arabes de faire des réformes de gouvernance si, en même temps, on voyage à leur frais pour des vacances privées. Citons encore le discours de juillet 2007 par lequel le président développait sa conception de l’Etat. Il y est question de la responsabilité des gouvernants : "Il ne peut y avoir de pouvoir fort sans responsabilité forte" dit le texte. La responsabilité en politique n’est pas seulement de faire face aux électeurs (surtout pour des ministres qui sont désignés et non pas élus) la responsabilité c’est aussi une certaine déontologie du pouvoir. Une notion qui ne nous appartient pas de définir précisément, une notion qui évolue aussi en fonction de la société, de ses tolérances et de sa sensibilité. Ce qui choquait moins chez François Mitterrand et Jacques Chirac choque plus aujourd’hui. La crise est là, depuis trop longtemps. Un besoin de modération, d’éthique dans la pratique du pouvoir s’est manifesté ces dernières années. Besoin que le Président avait d’ailleurs perçu et exprimé pendant la campagne avec cette fameuse promesse de république irréprochable et de gouvernance modeste. Pour l’instant, c’est l’un de ses échecs les plus cuisants.**

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