Thomas Legrand revient, bien sûr, sur la très courte victoire du PS dans la partielle du Doubs :

"Cette courte victoire nous rappelle simplement que TOUT est possible. Que la défiance grandissante envers le monde politique, le sentiment que les partis habituels de gouvernement sont impuissants, peuvent très bien permettre au FN d’arriver au pouvoir. L’analyse des reports de voix montre que la mobilisation d’une partie des électeurs abstentionnistes du premier tour s’est faite en faveur du FN et qu’une part conséquente des électeurs UMP du premier tour a aussi voté FN.

Alors que la consigne de l’UMP était le NiNi, la participation a augmenté… c’est donc que l’électorat (on s’en doutait mais c’est confirmé) ne suit pas les consignes de vote et encore moins de "non vote". Ce résultat montre, en outre, le décalage total entre la tête de l’UMP (dont aucun membre n’a prôné le vote FN) et les électeurs de ce parti qui ont voté majoritairement pour l’extrême-droite. Cette circonscription, largement rurale et ouvrière à la fois, n’est pas, historiquement, un fief FN, ce n’est pas une terre (comme ce peut être le cas dans le Sud) minée par une angoisse identitaire face à l’immigration. Il s’agit plutôt de l’influence du "FN mariniste du Nord", celui qui s’appuie sur la désespérance sociale, sur le sentiment d’abandon, sur l’idée du déclin.

C’est la France fracturée décrite par le géographe Christophe Guilluy…

Cette France dite « périurbaine », en proie au chômage, à la désertification des services publics, qui a le sentiment que le monde et les grandes villes changent sans elle. Cette France-là vote "contre" ! Contre le PS et contre l’UMP, contre Paris, Bruxelles et les médias qui donnent à voir ce monde. Le fait que Marine Le Pen reste l’une des personnalités les moins appréciées dans les enquêtes d’opinion, le fait que 63% des Français disent que le FN n’a pas les capacités de gouverner, n’y change rien : le FN est, aujourd’hui, le réceptacle de toutes les rancœurs. Le pouvoir socialiste n’obtient pas de résultats économiques et sociaux mais, depuis début janvier, arrive à mieux incarner une certaine fermeté et une idée républicaine. Il limite la casse. De son côté, l’UMP de Nicolas Sarkozy n’offre pas aux Français en colère, une alternative crédible.

Le retour de Nicolas Sarkozy a même ancré l’idée que l’UMP n’est pas prête à se remettre en cause. Or, le niveau de défiance est tel, l’impression générale selon laquelle le monde politique est cupide, déconnecté, impuissant, exige, au moins que les partis d’opposition offrent un renouvellement radical de leur pratiques et de leurs personnels. Syriza, Podemos montrent (sur des champs idéologiques certes très différents) que l’idée du renouvellement générationnel, le renouvellement des pratiques, des mentalités politiques, sont des revendications fortes. Il semble que l’exécutif, et notamment Manuel Valls, en ait pris conscience… en revanche, quand on voit tous ces "barons socialistes" qui envisagent de se représenter aux élections départementales et surtout régionales, on comprend que d’autres tremblements de terre politiques en faveur du FN sont à prévoir.

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