Garder les écoles ouvertes pendant le Covid, une spécificité française …

Garder les écoles ouvertes : l'un des rares consensus en France dans la lutte contre la covid
Garder les écoles ouvertes : l'un des rares consensus en France dans la lutte contre la covid © Getty / izusek

S’il est une mesure consensuelle, c’est bien le maintien de la scolarité, jusqu’à la dernière extrémité possible. Ce que souhaitent le ministre, tous les syndicats et tous les partis. 

Alors c’est vrai, tout le monde n’a pas la même notion de ‘la dernière extrémité possible’ et face à la dynamique des variants, certains (les médecins de l’éducation nationale par exemple) demandent quatre semaines de fermeture pendant les vacances de février. Mais le consensus reste ferme. 

Nos voisins européens ont gardé closes leurs écoles beaucoup plus longtemps. Et si la France les a fermés (en essayant de maintenir le lien avec les professeurs grâce à Internet) lors du premier confinement, c’est parce que tout le monde pensait que ce remède drastique terrasserait le virus. Lors du second confinement les écoles sont restées ouvertes et s’il devait y en avoir un troisième, chacun réclame que ce soit à l’exception des écoles.  

Fermer les écoles serait vécu comme une défaite nationale ! 

On entend beaucoup cette affirmation un peu bravache, et en réalité hors de propos : ‘Les écoles n’ont pas fermé pendant les deux guerres mondiales’, ce n’est pas le Covid qui nous y contraindra ! 

Cette obsession tient au fait que nous assignons à l’école (depuis la Révolution) un rôle extra académique : former des citoyens. Fermez les écoles et vous délitez la cohésion nationale. L’école, dans notre imaginaire (avec le mythique des hussards noirs de la troisième République) arrachent les enfants à leurs conditions pour leur ouvrir toutes les possibilités d’émancipations. 

En ce moment, on demande à l’école de recoller tous les morceaux éparpillés de cette société. Moins l’Etat providence et la croissance jouent leur rôle redistributeurs ou d’ascenseur social, plus on demande à l’école de corriger les inégalités. On sait pourtant qu’en fait, les inégalités territoriales et donc scolaires ont, désormais, plutôt tendance à contribuer à l’assignation sociale. 

Peu importe, nous nous accrochons à notre mythe. On ne peut abandonner l’idée que l’école soit le principal levier de l’action publique. Elle ne doit pas être le reflet de la société mais son idéal ! 

Problèmes sociaux, repli communautaire ? C’est toujours et d’abord par l’école que l’on cherche la solution. Les professeurs ont maintenant d’ailleurs leur héros, Samuel Paty qui tentait, justement de prendre l’un des maux de notre société à la racine… 

Contre la Covid il y a deux fronts : l’hôpital et l’école. Deux corps d’armés : le corps médical et le corps professoral... L’école a même, comme le dit l’historien Claude Lelievre, dans Télérama, cette semaine ‘un rôle quasi-démiurge’. Comme si sa valeur particulière lui conférait une force presqu’antivirale. Alors si, sous la pression trop forte du virus, nous devions finalement fermer les écoles, ce serait vécu comme un Waterloo sanitaire. Pour l’instant nous résistons. 

Un édito comme ça sur France Inter, la radio la plus écoutée chez les profs se doit de conclure par l’évocation de l’indispensable revalorisation du métier d’enseignants ! Voilà, c’est fait ! 

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