Conférence de presse hier de Nicolas Sarkozy. La première du président. Le lendemain, que retient-on ? "D'abord bravo... Oui, bravo pour la conférence de presse.. Hier, Nicolas Sarkozy a affirmé à juste titre que ce n'était pas la rareté de la parole présidentielle qui en faisait sa valeur, mais son absence qui est une dérobade démocratique. Jacques Chirac a-t-il jamais répondu sur ses éventuels comptes à l'étranger, son état de santé réel, ou son attitude pendant la canicule, par exemple ? Non, pas d'occasion. Nicolas Sarkozy a prouvé une nouvelle fois hier qu'il était à l'aise dans cette épreuve, même si parfois, il nous a plus fait penser à un boxeur sur un ring, esquivant les coups et rêvant de nous envoyer un uppercut, qu'à un président totalement et sereinement investi de sa fonction. Pourtant, ce matin, flotte dans l'air comme un sentiment diffus de gêne. Sur lui, et peut-être plus encore, sur nous, les journalistes. Et si on avait le Sarkozy qu'on mérite ? Si le président avait fait la preuve hier, que dans cet exercice là, il était plus fort que nous ? Pourquoi ? D'abord dans la mise en scène : depuis 2 jours, on nous fait miroiter l'affluence journalistique à cette conférence comme un signe de grandeur de Nicolas Sarkozy. Franchement, c'est inepte ! Il y avait plus de monde aux voeux de Jacques Chirac l'an dernier ! Mais la com' élyséenne est juste plus efficace aujourd'hui qu'hier ! Pourquoi plus fort que nous ? Parce que le président adore nous renvoyer à nos propres contradictions. Exemple : son mariage. Sincèrement, sommes nous grandis collectivement, à poser la question de son mariage ? Ce fut la deuxième question comme s'il n'en n'était pas de plus importantes ! Alors évidemment le boxeur s'en est donné à coeur joie, nous reprochant notre mutisme passé sur l'hypocrisie de ses prédécesseurs et les photographes et reporters envoyés à ses "trousses" depuis le début de ses Carla'jôleries. Facile, et vrai, et faux à la fois. Vrai, la presse n'a rien dit de la famille morganatique de François Mitterrand, ni des vies extra conjugales des autres. Vrai, "Nicolas et Carla" ça fait vendre. Alors ce qui était réservé à Gala a débarqué directement dans les services politiques ! Et le fait que ça n'ait aucun rapport avec la politique n'est pas grave. On vend de la belle histoire ! Evidemment, Nicolas Sarkozy s'exonère un peu vite de toute responsabilité, lui qui a joué de la mise en scène de sa vie privée depuis des années, lui qui mesure avec attention toutes les répercussions qu'elle peut avoir sur l'opinion publique. Plus fort que nous ? Oui, car ce type d'exercice donne lieu à une bataille d'ego un peu pathétique, où les journalistes ne veulent pas perdre. Question sur les 35H. Nicolas Sarkozy en annonce la mort, annonce historique. Mais une journaliste pressée lui coupe vite la parole pour placer sa question. Pas de droit de suite, pas de réflexe de relance. Question de comportement enfin. Quand un de nos confrères devient la cible de l'ironie cinglante et acharnée du président-boxeur, on pouffe, mais c'est la presse qu'il attaque. Est-ce bien raisonnable ? Alors, on ressort de là un peu groggy. Oui, le brio présidentiel est impressionnant, et il nous faut quelques minutes pour reprendre nos esprits, et nous dire, "tiens sur le pouvoir d'achat, il avoue son impuissance" "incroyable non pour ce matamore du volontarisme politique". On retient notre réticence à poser des questions devant 600 confrères, craignant la boite à baffes sarkozyenne. On retient qu'on n'est décidément pas une corporation, et aucune conscience de classe journalistique. Alors bien sûr au final, les questions ont été posées, mais on se dit que pour la prochaine conférence de presse, on essaiera d'être meilleurs. Nous, les journalistes... Enfin moi quoi !"

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