Demande faite au Président de la République d'organiser une conférence de presse, parce que trop de mal entendus s'installent en ce moment. D’abord, Nicolas Sarkozy avait clairement dit, pendant sa campagne, qu'il voulait moderniser la communication du chef de l'Etat et promis de se soumettre, comme le font tous dirigeants des grands pays démocratique, à de fréquentes conférences de presse. Depuis son élection, il y a plus d'un an et demi, il n'y en a eu qu'une seule, organisée à l'ancienne, genre conférence de presse du général de Gaulle, grand messe avec propos liminaires de ¾ d'heure et questions sans droit de suite, avec micro du journaliste fermé pendant la réponse du Président. Ça n'a rien à voir avec une communication du 21ème siècle, transparente et ouverte. Du coup, c'est vrai, le doute s'installe. Prenez le projet de suppression du juge d'instruction. C’est un projet qui, selon les modalités de sa mise en œuvre, notamment concernant le statut du parquet, sera une réforme liberticide ou bien une réelle avancée du droit. Et ce ne sont pas les précisions en forme d'interrogation données par le Premier Ministre à l'Assemblée qui peuvent nous éclairer. Le discours du Président en dit trop ou pas assez : soit il veut lancer un débat et alors il laisse les juristes qu'il a lui-même missionnés pour ça, réfléchir à la question et finir leur travail. Philippe Léger doit rendre son rapport au printemps. Si, en revanche, le Président a des idées précises, rien de telle qu'une conférence de presse avec les spécialistes de la presse judiciaire pour lever toute ambiguïté. Le grand public ne le sait pas, mais, en France, ça ne se fait pas. Les seuls moments où les journalistes peuvent poser des questions au président, c'est lors des conférences de presse organisées à l'étranger. Mais l'usage veut qu’on n’y traite pas des sujets intérieurs. Du coup, le flou règne, les responsables de la majorité n’en savent pas plus que nous et ça ouvre la voie à des commentaires qui dénoncent une dérive totalitaire, une « poutinisation rampante » dit même Arnaud Montebourg. C’est, bien sûr, outrancier mais ça rencontre un certain écho parce qu’en même temps, le Président engrange les pouvoirs. Les nominations dans l'audiovisuel public, le projet de réduction du droit d'amendement et maintenant le doute sur la réforme de la justice. Sur ce thème de la justice, par exemple, aucun journaliste n'a pu demander au Président des explications sur la grâce accordée à Jean-Charles Marchiani. On peut donc parler de fait du prince ! Si au moins il y avait un porte parole de l'Elysée avec une parole forte, autorisée et précise à la limite, mais il n'a existé que le temps de la courte vie politique de David Martinon qui, en plus, s'était spécialisé dans le « no comment ». Si le président assume le sobriquet « omni-Président », la logique voudrait qu'on puisse lui poser régulièrement des questions sur son action ! Les déclarations des ministres n'ont plus aucun intérêt puisque tout est décidé à l'Elysée. Un autre exemple : depuis le début de la crise financière, aucune question n'a pu être posée directement au président sur ce sujet. La parole présidentielle est distillée par ses conseillers (qui d'ailleurs ne disent pas tous la même chose) ou lors de grands discours généraux. Il se dit que le Président réfléchit à sa première intervention à l'Assemblée. Comme gage de modernité, le discours du trône, ça se pose là ! Donc songez-y, monsieur le Président, les conférences de presse c'est simple, pas cher, c'est transparent et ça permet, soit de lever les ambiguïtés soit de souligner qu'elles sont voulues. On ose espérer que ce n'est pas ça le problème !

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