Nicolas Sarkozy a commémoré la semaine dernière, les 600 ans de la naissance de Jeanne d’Arc et François Hollande hier était à Jarnac sur la tombe de François Mitterrand. Les candidats invoquent l’Histoire.

Avec d’abord cette question surréaliste et vide de sens : à qui appartient Jeanne d’Arc ? Elle a toujours été récupérée et sa légende triturée au gré des besoins. Le Front National, qui ne pouvait rien célébrer de recommandable dans l’histoire contemporaine, était allé chercher un fantôme, figure floue de la France éternelle, que le régime de Vichy adorait à cause de ses accents religieux et antibritannique. Aujourd’hui, Patrick Buisson, le monsieur « Histoire et droite dure » du Président y voit le symbole du peuple contre les élites. Gros clin d’œil. L’Histoire est un langage pour l’inconscient collectif des peuples. Il y a le versant cynique à son utilisation. Mais il y a aussi une raison profonde et plus noble. L’Histoire est une façon de travailler le ciment d’une nation. Quand Nicolas Sarkozy, en janvier 2007 citait Blum et Jaurès, il ne faisait pas simplement de la triangulation tactique, il s’adressait au peuple de gauche pour lui dire qu’il savait aussi regarder au-delà de ses propres frontières politiques. Il y a fort à parier que François Hollande va bientôt citer le général de Gaulle avec une voix chevrotante d’émotion. L’histoire est aussi une sorte de pâte à modeler avec laquelle les candidats façonnent leur propre statue. Dans l’imaginaire collectif, le chef de l’Etat est le successeur des rois. Nicolas Sarkozy en successeur d’Henri IV, de Louis XIV et de Napoléon… C’est à la fois étrange, déplacé… et vrai.

Nicolas Sarkozy semble avoir un rapport à l’Histoire moins naturel que ses prédécesseurs.

Par définition, ceux qui arrivent au pouvoir aujourd’hui n’ont rien vécu d’historiquement saillant ou glorieux. Ils n’ont été confrontés à aucun choix cornélien. Les grands choix de la vie d’Hollande, Sarkozy ou Bayrou ont été… quoi ? Trancher entre l’idée de briguer une présidence de Conseil général ou régional? Etre pour ou contre l’Euro, pour ou contre la guerre en Irak ? Ils n’ont pas d’histoire… aucun d’eux n’a eu à risquer sa peau ou sa réputation en Algérie, dans le maquis ou à Vichy. Ce n’est pas de leur faute mais c’est ainsi. Notre époque a produit des hommes et des femmes d’Etat qui ont grandi dans la ouate et le confort d’un monde sûr, épargné par les aléas de l’histoire. Comme nous tous. Quand le Général de Gaulle avec toute sa gloire, François Mitterrand avec toute l’ambigüité de sa guerre, se recueillaient devant un monument aux morts ou devant les tombes de Jean Moulin ou Jean Jaurès au Panthéon, ils étaient en résonnance avec l’Histoire. Ça se ressentait presque physiquement. Ils arrivaient aussi, du coup, à produire des images historiques fortes : les discours de de Gaulle, à Alger ou à Québec… Kohl et Mitterrand main dans la main à Douaumont. Ils arrivaient à intégrer à leur allure, de par leur grande culture et les temps troublés qu’ils avaient eux même traversés, le tragique de l’Histoire. Henri Guaino et Patrick Buisson se démènent pour qu’il en soit ainsi pour Nicolas Sarkozy, pour densifier le président… Mais quelque chose ne passe toujours pas. Est-ce une question de personnalité ou de génération ? Trop de com’, trop de télé, trop de maquillage et de régimes, trop de confort et d’argent, trop de calculs et de stratégies, le culot en guise de courage. On peut en sourire ou s’en désoler… mais bon, on ne va quand même pas regretter que le président et les présidentiables de 2012 n’aient jamais eu à faire la guerre.

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