Vous évoquez la primaire, dite « de la belle alliance populaire », qui ne semble pas passionner les foules.

Oui, on a vraiment l’impression que l’énergie politique du moment ne vient pas de cette compétition. La droite avait réussi à organiser une primaire qui occupait le devant de la scène. Il faut dire que c’était pendant la période de sourdine volontaire de M.Le Pen, période aussi d’incertitude pour la gauche, suspendue à la décision de F.Hollande. Mais LR avait mobilisé assez de militants pour tenir 10.300 bureaux de vote à travers le pays, alors que le PS en « protocole commotion », (comme on dit au rugby) peine à ouvrir 7500 bureaux, là où il en proposait plus de 9000 en 2011. Surtout, les candidats sont dans une situation politique scabreuse. Chacun d’eux est à la fois sortant (de plus ou moins longue date) et contestataire de la ligne de F.Hollande.

Manuel Valls a l’air de peiner… Il ne rassemble pas beaucoup de monde lors de ses déplacements…

L’ancien 1erministre est dans un positionnement tactique, et ça se voit. Il recherche le point d’équilibre à gauche alors que ce qui faisait sa spécificité c’était justement d’en être éloigné. Il n’a pas eu le temps de préparer un programme à sa main, comme ont pu le faire A.Montebourg et B.Hamon, du gouvernement depuis 2 ans. Alors il est obligé de faire campagne sur sa personne, son autorité. Mais dans une telle élection (la primaire) qui n’intéresse finalement que les plus informés, les plus passionnés, ça ne suffit pas, surtout à gauche, où l’équation personnelle a moins d’importance que la force et la mystique du projet. Personne ne semble se dégager pour l’instant. On a l’impression que V.Peillon (et je crains que ce ne soit pas qu’une impression) a pensé, conçu et rédigé son programme entre Noël et jour de l’an, un programme dinde aux marrons en quelque sorte. Lui aussi cherche à être le Fillon de son camp, c’est-à-dire être ce fameux point d’équilibre. Mais F.Fillon avait déjà un livre programme un an avant la primaire. A.Montebourg est un favori mais n’a pas encore réussi à faire entendre autre chose que « je serai le contraire en tout point de F.Hollande ». Benoit Hamon, pour l’instant surprise de cette compétition, fait, lui, preuve de plus d’imagination et propose une vision originale basée sur une autre vison de la croissance. Mais dans l‘ensemble, cette compétition apparaît encore, au mieux, comme une procédure pour désigner le prochain 1er secrétaire du PS. Et pour le coup, 7500 bureaux de vote, c’est trop ! En réalité, le véritable débat à gauche semble s’animer aux marges du PS entre 2 propositions : JL Mélenchon, son souverainisme et sa planification écologique, et E.Macron, un renouveau du personnel et des structures politiques et une vision dynamique de la France dans la mondialisation. Ces deux-là remplissent les salles. Mais, si l’on cherche une petite lumière d’espoir pour les socialistes, rappelons que ce sont très largement les débats qui ont fait les primaires de 2011 et de novembre dernier. Le 1er débat c’est jeudi. Donc, comme dit le proverbe chinois : « ne baisse pas les bras 2 minutes avant le miracle »… Car c’est maintenant bien d’un miracle dont ont besoin les socialistes.

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