Et ce débat sur le nom semble être le signe de la pauvreté conceptuelle du débat au FN.

On a beau chercher -je l’ai fait hier- dans les derniers discours, celui de ce week-end dans l’Orne ou celui des vœux de Marine Le Pen… impossible de déceler les grandes orientations à venir du FN. Bien sûr, les dirigeants du parti sont en train de dépouiller le contenu du questionnaire soumis aux militants du congrès de mars. On peut se dire que le corpus idéologique sera refondé en fonction des résultats… Mais, ce n’est pas faire injure aux militants du FN d’imaginer qu’il n’en ressortira pas grand-chose. La culture du chef, centrale à l’extrême droite, est, sur le fond, tournée vers la dénonciation du prétendu système, l’idée d’un retour aux solutions fantasmées du passé, la valorisation de l’échelon national. La verticalité que recherchent les militants ne va pas de bas en haut mais du haut en bas. La crédibilité, ensuite, qui permet de passer de ce cercle militant aux dizaines de millions de voix pour atteindre le pouvoir, demande un autre travail qui ne semble pas encore entamé. En ce moment, le discours est vaguement social, peu économique, sauf sous l’angle du protectionnisme. Plus aucune référence à la monnaie. Sur les valeurs, on constate, après le départ de Florian Philipot, l’évaporation de la fibre «républicaniste». Plus de référence à la laïcité. Marine le Pen préfère parler de  « valeur de civilisation ». Et pour conclure ses vœux et le discours de l’Orne, pas de «vive la République», avant le «vive la France». Il est, en revanche, question de Nation à tout bout de champ. Un mot (ou le mot France) qui sera certainement présent dans les nouveaux noms soumis aux militants prochainement. Marine Le Pen s’inscrit déjà dans la campagne des européennes en souverainiste face au mondialiste Macron. 

La présidente du FN parle aussi de culture de gouvernement

Oui, elle cherche à se rapprocher de partis frères en Europe et s’aperçoit que ceux qui accèdent au pouvoir (dernier en date en Autriche), le font sur la base d’alliance avec la droite conservatrice. Pourquoi ne pas les imiter ? Pour cela, mieux vaut, pour l’instant, rester idéologiquement flou… Pas la peine de poursuivre le recentrage puisque c’est le LR de Laurent Wauquiez qui se rapproche par les idées et le discours. Marine Le Pen sait que la droite répète depuis des décennies qu’elle ne s’alliera jamais avec le FN ! Il faut donc commencer par changer le nom… Mais c’est à l’évidence illusoire. Le nom des partis importe peu dans notre république personnaliste. C’est le nom du chef qui compte. La marque Le Pen est plus forte que la marque FN. On parle bien de «lepenisation des esprits», pas de la FNisation ! Si, pour rendre ce parti «coalisable», «gouvernementalisable», il fallait vraiment changer un nom, ce n’est pas «FN» mais «Le Pen» dont il faudrait se débarrasser. Et, semble-t-il, cette mue patronymique est plus à la portée –dans un futur pas si lointain- d’une Marion Maréchal tout court (passée par un sas de quelques années de délepénisation) que d’une Marine qui sera toujours Le Pen. 

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