Plusieurs groupes de travail de parlementaires se penchent sur la question de la burqa. Le débat est lancé. C’est le député communiste André Gerrin qui avait lancé ce débat et interpelé ses collègues députés pour qu’ils se saisissent de cette question. Les parlementaires vont d’abord tenter d’évaluer l’étendue du phénomène en France. Etablir si c’est marginal ou si le port de la burqa progresse et dans quelle proportion. Jean-François Copé, le président du groupe UMP est aussi maire de Meaux. Il estime qu’il y a une trentaine de femmes qui sortent régulièrement dans les rues de sa ville en revêtant ce que l’on peut qualifier de prison mobile. Il compte bien les rencontrer, elles et leur mari, pour comprendre leur état d’esprit. D’autres députés vont faire de même ces prochains mois. Alors au-delà du constat, et s’il s’avère que le phénomène est significatif, la question est bien sûr de savoir s’il faut légiférer ou pas. Si oui, comment et sur quelle base juridique. Comment justifier une interdiction totale dans l’espace public. Un consensus semble se dégager parmi les parlementaires de tous bords : la question de la burqa ne doit pas être prise sous l’angle religieux. La burqa n’est pas un signe ostentatoire. C’est un objet d’asservissement de la femme. Si sa justification est religieuse, le législateur s’engouffrerait dans une impasse en traitant cette question sous l’angle de la laïcité. En effet, la loi votée en 2004 sur le voile à l’école est un équilibre précaire durement acquis qu’il ne faut pas troubler. Le voile est interdit pour les élèves dans les écoles publiques, il est interdit pour les agents de l’Etat. Dans la sphère privée, la jurisprudence après 5 ans d’application peut se résumer ainsi : le port du voile peut être prohibé par un employeur dans deux cas : d’une part, des impératifs de sécurité au travail et de santé, et d’autre part en raison de la nature des tâches à accomplir par le salarié. De fait, la burqa est intégrée dans ces restrictions mais la loi sur le voile s’avère largement insuffisante et pas proportionnée à ce problème relativement nouveau. Les députés peuvent-ils voter une loi plus restrictive ? Oui, sans doute, même si ce n’est pas pour tout de suite, une loi d’interdiction quasi générale de la burqa dans les espaces publics. C’est ce qu’envisage déjà Jean-François Copé dans un délai de 6 mois ou un an, mais évidemment, cette nouvelle loi ne pourrait pas s’appuyer sur les mêmes bases juridiques que la législation qui restreint le port du voile. Il ne s’agit surtout pas –on l’a vu- de religion et de laïcité. Il faut plutôt s’appuyer sur la sécurité d’abord. La burqua pose des problèmes de sécurité. On ne peut pas demander à une institutrice, par exemple, de laisser un enfant à la sortie de l’école à une personne que l’on ne peut pas identifier. L’autre base juridique c’est la citoyenneté, l’égalité homme-femme, l’égalité républicaine. C’est juridiquement assez scabreux mais ce sont les seules voies possibles. Il s’agit surtout de ne pas relancer un grand débat. Les autorités religieuses musulmanes doivent être consultées, associées, afin d’éviter qu’une question de sécurité et de citoyenneté ne dérive sur le plan religieux. Il faut aussi traiter cette question de façon très concrète, éviter les grandes tirades tout en ne cédant aucune parcelle du terrain des valeurs et des règles de la république. Il faut enfin ne pas exagérer le phénomène, bien faire comprendre que pour inacceptable qu’il soit, il reste très minoritaire. Si, pour une fois, l’on pouvait traiter une question de cette sorte sans psychodrame national, le débat politique français ferait un grand progrès. C’est de la responsabilité de la classe politique. Pour l’instant, elle prend les choses plutôt sereinement. C’est aussi de la responsabilité des médias. En parler sans en faire trop, sans dramatiser ! On peut toujours espérer... ce sera certainement l’un des débats de la rentrée.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.