Carine Bécard

Vous revenez ce matin sur l'audit financier des comptes de l'UMP : "Situation grave mais pas désespérée", pour résumer. Mais pour vous, Carine, ce parti file déjà - tout droit - vers la catastrophe !

Oui, parce que la direction de l'UMP hier soir, - la direction transitoire -, en présentant les résultats de son audit, a en réalité joué sur deux tableaux. D'abord, la dramatisation : la situation est alarmante. L'UMP se trouve financièrement au bord du gouffre, noyée sous 75 millions d'euros de dettes. Et évidemment, il va falloir engager de substancielles économies. Ensuite, 2ème temps : la modération. Il s'agissait de rassurer un peu ! Les prêts immobiliers du mouvement, notamment, ont été rééchelonnés. Les banques ont accepté de les renvoyer à après 2017. Autrement dit, la situation d'aujourd'hui est désastreuse, l'UMP va devoir s'astreindre à remonter la pente. Et dans 3 ans, le mouvement récupérera la partie de cette dette, qu'elle n'a pas encore honorée.Le problème, dans tout cela - et il est de taille - c'est que l'UMP se retrouve "condamnée", d'ores et déjà, à devoir gagner en 2017. Si le candidat de droite ne remporte pas la prochaine élection présidentielle, il signe la fin de la survie de son parti. Pourquoi? Parce que, pour rembourser tous ses créanciers, l'UMP a visiblement déjà intégré le versement de subventions publiques... Or, ces subventions publiques sont plus ou moins importantes, en fonction des résultats des scrutins présidentiel et législatif. Plus le score d'un parti est élevé, plus il décroche de députés. Et plus il empoche de dotations d'Etat. Donc c'est une vraie partie de poker dans laquelle vient de se lancer l'UMP, si son candidat perd en 2017, ce sera bel et bien une catastrophe pour le parti.Au point, pour l'UMP, d'être incapable de s'en relever ? Même si les banques lui accordaient encore un délai, ou même si une gestion plus rigoureuse devrait lui permettre de faire des économies, en ratant 2017, l'UMP se retrouverait soit - de fait - extrêmement affaiblie, soit vouée, même, à disparaître. Dans les deux cas, cela signifierait - à court terme au moins - pour le parti socialiste, une absence d'adversaire politique. La France, contrairement à tous les pays démocratiques, n'aurait donc plus, à ce moment-là, deux, mais un seul grand parti de gouvernement. Ce serait alors tout l'équilibre partisan, tout l'équilibre institutionnel de notre pays qui s'en trouverait profondément modifié.Et allons plus loin encore : sur le champ de ruines laissé par la droite classique, le Front national aurait alors toute latitude pour occuper un espace politique laissé vacant. C'est d'ailleurs toute la stratégie de Marine Le Pen aujourd'hui, à l'égard de l'UMP. L'attaquer - certes, un peu - mais surtout attendre que ce parti, cerné par les scandales politico-judiciaires s'écroule de lui-même. Le FN rêverait alors d'incarner à lui seul, l'essentiel de la droite française.Maintenant, l'UMP peut réagir ! Il faudrait même le souhaiter, parce qu'un parti peut être pauvre et défendre des idées. Le Front National en a longtemps fait l'expérience. Les Le Pen ont vendu le siège de Saint-Cloud, fait de la politique avec des bouts de ficelle, sans jamais cessé de vendre leur doctrine. Mais la droite républicaine sait-elle encore avoir des idées ? Les débats à l'UMP sont quasi-inexistants depuis le début de l'année, totalement occultés par l'avalanche de déboires financiers.

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