Emmanuel Macron, qui est En Marche, qui trace des chemins (pour reprendre ses termes), n’a toujours pas su dessiner un but. En rétablissant l’idée du plan, on est obligé de se fixer des objectifs et donc de commencer à dessiner la société que l’on veut.

Et dans cette période où le "bon vieux temps" est sans cesse célébré, l’idée serait même de reprendre l'ancienne dénomination : le Commissariat au Plan et l’on évoque Jean Monnet et 1945, les années gaulliennes de la Ve République en 1958/1969, un peu comme quand Citroën décide de refaire une DS ! Les  plus de 40 ans se remémorent cette voiture géniale, du temps où l’on  savait faire de belles voitures. Et puis, la nouvelle DS n’a de DS que le nom, d’ailleurs, heureusement pour la sécurité et la fiabilité du véhicule, mais elle est moche, puisque tout était plus beau dans notre jeunesse, à commencer par nous-mêmes. 

Seulement le retour du  plan ne peut pas être qu’un coup de com’, comme pour la DS ou la Fiat 500. La planification est réclamée de toutes parts. L’inscription dans la durée des décisions immédiates paraît, à  l’heure de l’impératif social et écologique, une nécessité.  L’accélération du temps politique, l’info en continu, nous saoulent d’immédiateté. Il faut retrouver la longue vue, envisager l’horizon. Emmanuel Macron, qui est En Marche, qui trace des  chemins (pour reprendre ses termes), n’a toujours pas su dessiner un  but. En rétablissant l’idée du plan, on est obligé de se fixer des objectifs et donc de commencer à dessiner la société que l’on  veut. 

Retrouver l’esprit des plans d’avant ?  

Pourquoi ne peut-on pas retrouver l’esprit des plans d’avant ? Il  s’agissait de plans quinquennaux, dits incitatifs, pour les différencier des gosplans soviétiques impératifs. L’un des commissaires au Plan les plus importants, Pierre Massé, en 1965, disait que le plan était une ‘machine à réduire les incertitudes’.  

Mais aujourd’hui, la structure de l’économie est internationale. Notre vie quotidienne dépend, par exemple, des GAFAM, des prix de l’énergie ou de l’avenir de la 5G, que nous ne maîtrisons pas totalement. On peut, en revanche, planifier un retour à une certaine souveraineté (énergétique par exemple avec le renouvelable) mais ce serait beaucoup plus efficace si c’était fait au niveau européen. D’ailleurs les budgets européens sont déjà pluriannuels, donc planifiés.

Le plan d’avant, s’il se disait ‘indicatif’,  était quand-même très dirigiste. Il était couplé avec la DATAR,  l’aménagement du territoire. Paris décidait qu’il fallait implanter tant d’usines dans telle zone et l’industrie française suivait, parce que le capitalisme était très lié à l’État. Il s’agissait d’équiper le pays. De Gaulle décidait d’une ligne de chemin  de fer, elle se faisait, sans concertation. Pas de ZAD, pas  d’associations de riverains. 

C’est compliqué d’être à la fois pour la planification à l’ancienne (comme en rêvent certains, dans le cadre idéalisé d’un État stratège) et pour l’horizontalité. Il faut donc attendre de voir ce qu’Emmanuel Macron entend par ‘plan’  et surtout, sur quels domaines il pourrait avoir prise. On pense bien sûr à l’environnement qui demande une forte dose de volontarisme et même d’interventionnisme. 

Mais attention, tout comme en  entrant dans une DS d’aujourd’hui, vous ne retrouverez pas vos  sensations d’enfance (le petit soulèvement au moment du démarrage, par exemple), le Plan d’aujourd’hui ne sera pas l’outil magique qui redonnera à l’État son influence perdue sur le cours des choses.

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