Jeudi, les Irlandais se prononceront par référendum sur le traité de Lisbonne. Et l'hypothèse de la victoire du NON fait frémir en France. Au printemps 2005, le tube du moment avait pour refrain "Au milieu du troupeau qui bêle, un mouton noir se rebelle". Il tournait en boucle dans les meetings du non, et se téléchargeait à l'envie sur les blogs des Nonistes. Et si l'Irlande devenait jeudi le mouton noir de l'Europe ? Mouton noir récidiviste puisque déjà en 2001, l'Irlande avait voté NON, une première fois, au traité de Nice. Mouton noir d'autant plus visible, qu'après tout, c'est le seul pays qui, par obligation certes mais le résultat est là, va demander à ses citoyens de se prononcer sur le Traité de Lisbonne. Du coup, quelle claque démocratique ce petit pays, 4 millions d'habitants, infligerait-il à l'ensemble de l'Europe s'il devait effectivement stopper seul, ou ralentir, la marche triomphale du traité ! Le scénario est encore incertain. Mais en fin de semaine dernière, le premier sondage donnant la victoire du Non a fait l'effet d'une douche froide partout en Europe, et particulièrement en France. Car si pour certains, ce NO irlandais ressemble à une revanche, pour beaucoup, il n'est plus ni moins qu'un glaçant retour vers le passé. Revanche évidemment pour tous ceux qui avaient voté NON en France au projet de constitution européenne, et qui avaient GAGNE - est-ce nécessaire de le rappeler ? Mais qui depuis se sont sentis floués par la renégociation du traité sous l'impulsion de Nicolas Sarkozy et par l'adoption parlementaire dudit traité en France. Nicolas Dupont-Aignan par exemple, souverainiste convaincu et farouche opposant au traité de Lisbonne, clame partout haut et fort que "les Irlandais vont laver notre honneur". Après tout, les 54 % d'électeurs qui avaient voté Non, le 29 mai 2005 pourraient bien se retrouver dans ce sentiment. A l'inverse évidemment, le spectre du NON irlandais fait frémir tous ceux qui espéraient panser définitivement, grâce au traité de Lisbonne, la blessure ouverte en 2005. Cauchemar pour les socialistes. Trois ans après s'être déchirés sur la question, ils venaient tout juste de glisser le cadavre sous le tapis. Dans la récente déclaration de principes rédigée en avril dernier, nouvelle carte d'identité du PS, ils étaient restés d'une prudence de sioux, se qualifiant juste de "parti européen revendiquant le choix historique de l'union européenne et de la construction d'une Europe politique". Plus diplo, y a pas... Même Jean-Luc Mélenchon avait finalement signé. Rouvrir la guerre institutionnelle européenne, ce serait aviver à nouveau le contentieux socialiste sur la question, et rediviser les uns et les autres. Les fameux "reconstructeurs" par exemple, alliance de la carpe et du lapin, des ouistes et nonistes, entre Aubry et Fabius résisteraient-ils à ce nouveau coin glissé entre eux ? Autre victime collatérale d'un rejet irlandais, évidemment Nicolas Sarkozy, artisan principal et auto proclamé du traité de Lisbonne. Cruel hasard, le coup de frein irlandais interviendrait au pire moment pour lui, à 15 jours de la présidence française de l'Union. Alors que le président français entend faire de ces 6 mois européens, un moment fort de son quinquennat, certainement serait-il contraint de mettre ses ambitions sous le boisseau pour ne pas envenimer la crise européenne. D'ores et déjà, il a été convenu de taire jusqu'à nouvel ordre, tout ce qui tient à coeur de sa présidence, comme la fiscalité ou la défense, afin de ne point effrayer les Irlandais. Jusqu'à jeudi... Chut donc... l'Irlande vote. Les principaux dirigeants français retiennent leur souffle. Ils savent que le démon du Non, s'il devait se réveiller, ne serait pas qu'irlandais.

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