Vous revenez sur la polémique autour du coût de l’hébergement des bleus en Afrique du Sud.Oui une polémique déclenchée par Rama Yade qui a appelé à plus de « décence en temps de crise ». Ces propos ont été largement commentés, la secrétaire d’Etat aux sports s’en explique encore ce matin dans le Parisien. Elle a été critiquée par quasiment l’ensemble du gouvernement et de l’UMP, passons sur la polémique interne à la majorité qui ressemble à tant d’autres : une personnalité donne un avis un peu divergeant, hors des clous et le chorus gouvernemental rectifie, en deux ou trois déclarations et on peut aisément reconnaître les fameux éléments de langage, élaborés à la hâte par les communicants de l’Elysée. Il faut souligner la nature de la réponse faite à Rama Yade. L’argument principal est celui-ci : « qu’est-ce que ça peut faire, ce n’est pas de l’argent pris au contribuable ». Autrement-dit, cet argent ne manquera pas à la collectivité. D’abord ce n’est pas tout à fait vrai. L’argent de la Fédération Française de Foot pourrait aussi servir à moderniser les centres de formation, à aider les petits clubs de banlieue à se développer…par exemple… et puis surtout c’est un argument qui suggère que tout excès n’a pas de conséquence tant qu’il ne prive pas les autres. Cette idée est fausse ! la soirée de l’élection présidentielle au Fouquet’s, qui a été désastreuse du point de vue de l’opinion, qui est encore présente, trois ans après dans les réponses faites aux sondeurs qui réalisent régulièrement des enquêtes qualitatives sur l’état de l’opinion, hé bien cette soirée clinquante, fondatrice de la période dite bling-bling n’a pourtant rien coûté au contribuable. Elle n’en est pas moins apparue comme choquante. « L’indécence », pour reprendre le terme de Rama Yade au sujet des footballeurs, n’est pas affaire de vases communiquants. Les inégalités progressent en France depuis une trentaine d’années, depuis la fin des trente glorieuses. Elles s’aggravaient déjà en temps de croissance ces dernières années mais les plus bas revenus avaient quand même le sentiment d’améliorer leur niveau de vie au fil des ans. Aujourd’hui la crise et le déclassement rendent l’écart des revenus, l’écart des situations, l’écart des perspectives proprement insupportables. Les politiques en ont-ils vraiment pris la mesure ?Oui, tous les indicateurs sont devant eux…et ils se font sans cesse alpaguer sur ces thèmes dans leurs circonscriptions et pourtant comment expliquer, par exemple, que le gouvernement veuille réformer les retraites sans toucher au régime des députés. Jusqu’à preuve du contraire rien n’est prévu pour modifier profondément ce régime doré sur tranche. Ce régime, rappelons-le est 3 à 4 fois plus rentable pour ses bénéficiaires que celui des cadres du privé ou des hauts fonctionnaires. Les députés devenus ministre peuvent même continuer à cotiser. Trois mandats de députés c’est entre 4 et 5000 euros de retraite par mois assuré pour une cotisation de quinze ans ! Imbattable. Une retraite avec un treizième mois cumulable avec d’autre retraites! Ce régime est déficitaire à 80%...il coûte au contribuable 50 millions d’euros par an… Alors dénoncer ce régime, c’est être poujadiste ou démago, parait il parce que 50 millions c’est une goute d’eau dans le déficit. Rien à voir avec l’hôtel des bleus me direz-vous, rien à voir avec les appartements de fonction des ministres, rien à voir avec les bonus toujours en vigueur dans les banques ou avec la nouvelle mission confiée à Christine Boutin par le gouvernement rémunérée 9500 euros par mois… mais vous remarquerez que la plupart des polémiques qui alimentent la chronique ces derniers temps ont un même ressort, le luxe ou les privilèges…il y a toujours, en France (et quand se répand le sentiment que le sommet de l’Etat ne prend pas la mesure d’un certain dégout devant ce qui apparaît comme des privilèges indécents) il y a toujours comme un parfum de nuit du 4 aout inachevée.

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