Marc Fauvelle

Vous revenez ce matin sur les propos de Jean-Marie Le Pen...

Sur ses propos, et surtout les réactions qu'ils ont suscités au sein du Front National. Que Jean-Marie Le Pen flirte une nouvelle fois avec la ligne jaune, ou la franchisse, finalement ça n'a presque plus rien d'étonnant. On peut le regretter mais c'est comme ça. Cela fait 30 ans, qu'il a fait de cette logorrhée aux relents antisémites ou révisionnistes sa marque de fabrique. Le « Durafour crématoire », ou « l'occupation allemande pas si inhumaine » que cela, tout cela a longtemps fait partie de sa stratégie politique... Dire tout haut ce que certains Français pensaient tout bas, tout en plaidant le jeu de mot ou la mauvaise blague de potache. A l'époque où le FN n'était qu'un groupuscule, cette ambiguïté l'a même servi électoralement. Il flattait sa base dans le sens du poil, pouvait se prévaloir d'une étiquette de politiquement incorrect, de martyr judiciaire. Car si Jean-Marie Le Pen a été condamné à une dizaine de reprises, il s'en est souvent sorti par un non-lieu, la justice ne faisant alors que le conforter dans sa propagande assez nauséabonde.

Mais cette fois, il semble que les choses aient changé…

Et c'est sans doute cela la vraie nouveauté, c'est que pour la première fois, des cadres du FN ont publiquement désavoué Jean-Marie Le Pen. Un Gilbert Collard suggérant ainsi à l'ancien leader frontiste de prendre sa retraite ; le numéro 2 du parti, et compagnon de Marine Le Pen, Louis Alliot, regrettant une mauvaise phrase de plus... et même Marine Le Pen, osant pour la première fois égratigner la statue du commandeur de celui qui lui a offert le parti en héritage. Habituellement, à chaque sortie de son père, elle se contentait de soupirer, ou de lever les yeux au ciel, cette fois, elle a choisi de mettre le différend sur la place publique. Condamnation plus nuancée qu'il n'y paraît... La présidente du FN parle certes d'une faute politique, mais quand on lit bien ses propos, eh bien ce n'est pas le terme de "fournée" qu'elle condamne. La faute pour elle, c'est le manque de prudence de son père, qui aurait dû anticiper les réactions qu'il allait susciter.... C'est un mélange de défense classique du FN : "on nous fait un mauvais procès, les propos ont été sortis de leur contexte", avec une petite de touche de Marine Le Pen, qui n'en constitue pas moins le premier étalage public d'un différend de fond.

Pour autant, Marine Le Pen peut-elle se passer de son père ?

On peut parier que non. Pendant des années, le couple père-fille s'était réparti les rôles. A lui les petites phrases choc et les clins d'œil à la frange la plus radicale du parti, et à elle, la dédiabolisation et la conquête du pouvoir. Il semble que ce jeu de rôles soit en train de toucher à ses limites, sans pour autant laisser la place à une clarification de la ligne...

Pourtant, si la patronne du FN voulait mettre ses actes en conformité avec ses paroles, elle ferait avec son père ce qu'elle a fait pendant les municipales, en montrant la porte aux candidats soupçonnés de racisme ou d'antisémitisme, sans autre forme de procès. Si Jean-Marie Le Pen s'était appelé Durant ou Dupont, il y a fort à parier qu'il aurait dû rendre sa carte depuis longtemps... Marine Le Pen aurait là une bonne occasion de montrer que le FN a vraiment changé, que la couche de ripolin est tellement épaisse, qu'elle recouvre entièrement le vieux fonds de commerce paternel... En coupant le cordon avec lui, en tuant symboliquement celui qui l'a faite et qui la plombe aujourd'hui, Marine Le Pen ferait preuve d'un courage politique dont elle manque cruellement depuis des années, dès qu’on touche à son père.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.