Ce matin vous évoquez le processus de paix au pays basque et l’attitude de Paris sur cette question.

Oui, aujourd’hui, quand on parle du problème basque, on a plus de chance de faire référence à l’épineuse question de la fusion du Biarritz Olympique et de l’Aviron Bayonnais de rugby qu’au processus de paix. La fin de la violence n’est pas un évènement médiatique durable. Jeudi se tiendra à l’Assemblée Nationale une conférence pour la paix au Pays Basque ! Parce que la fin de la violence est là mais fragile. Et que, pour l’instant, sa fragilité tient plus à l’attitude des Etats espagnol et français qu’aux anciens activistes. En 2011, une grande conférence s’était tenue à San Sébastien au cours de laquelle des personnalités comme Kofi Annan, ancien secrétaire général de l’Onu, ou Gerry Adams, ancien indépendantiste irlandais, étaient venus demander l’arrêt des attentats et de la dernière confrontation sur le continent européen, après près de 900 morts … Et la violence, quelques semaines après, a effectivement cessé : depuis 2011, plus aucun attentat.

Mais il reste beaucoup d’armes cachées en France et le retour à la violence est toujours possible.

Oui, parce que l’arrêt de ce que les militants de l’ETA appelaient la « lutte armée », et de ce que Paris et Madrid appelaient « le terrorisme », n’a conduit à aucun assouplissement des positions des deux capitales. Des militants basques continuent d'être arrêtés, les prisonniers (plus de 500 en Espagne, et près de 150 en France) sont toujours, en dépit des conventions internationales, incarcérés, de préférence dans le nord-est de la France et dans le sud de l’Espagne, loin de leurs familles. Madrid, en réalité, est intraitable. Le Parti Populaire, la droite espagnole, semble presque regretter l’arrêt des violences, c’est-à-dire le tarissement de son argumentaire sécuritaire et nationaliste le plus efficace. De notre côté des Pyrénées, Paris suit aveuglément Madrid depuis toujours, répétant que c’est un problème avant tout espagnol. Paris refuse de rapprocher les prisonniers et surtout de promettre (comme ce fut le cas pour aboutir à la paix en Irlande) une relative clémence envers les militants qui n’ont pas de sang sur les mains et qui accepteraient de livrer les armes cachées en France. F.Hollande, tout à son idée de tisser des liens forts avec l’Espagne et l’Italie pour avoir l’Europe du Sud à ses côtés dans sa lutte d’influence au sein de l’Union et face à Berlin, ne s’intéresse pas à ce sujet, de peur de froisser Madrid. M.Valls, quant à lui, est particulièrement raide sur cette question, emboitant le pas aux plus sévères responsables espagnols. Pourtant, le Premier ministre, qui n’a rien à prouver en matière de jacobinisme, serait la personne idéale pour faire comprendre à Madrid que son attitude fermée peut attiser l’idée qui reprend des couleurs dans les rangs des militants basques, idée selon laquelle l’ETA s’est fait avoir et a eu tort de renoncer à la violence. Les élus français basques (droite et gauche confondues) regrettent l’intransigeance de Paris. Le suivisme donne à Paris des airs de fermeté contre le terrorisme. Mais, en fait, il dénote d’un manque de courage. Celui qu’il faut pour un jour changer de pied afin de faire vraiment la paix.

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