Hier soir à Lille, Nicolas Sarkozy a dénoncé près de cinquante ans de « renoncements ». Oui, la France est entrée en renoncement en 1968… Tout vient de là : la culture de la permissivité, la chienlit syndicaliste, le politiquement correct et même l’islamisme radical via la dictature des minorités, qui aurait triomphé sur l’idée du bien commun. Tout l’argumentaire classique, avec son vocabulaire, contre ce que l’ancien président appelle "la gauche culturelle", y est passée. Nicolas Sarkozy pourfend l’élite culturelle minoritaire contre le peuple majoritaire. C’était un discours très « juin 68 », majorité silencieuse, un peu scrogneugneux avec ses formules anti-gauchiste, « nuit debout – couché le jour », qui rappelle « cheveux longs, idées courtes » des années 70 !

Mais le discours sarkozien sur la culture du renoncement poursuivait, en réalité, deux objectifs politiques. L’un, que Nicolas Sarkozy a expliqué aux journalistes juste après le meeting, et l’autre, plus difficilement avouable pour le président de Les Républicains, pas encore officiellement candidat à la primaire.

Alors commençons par l’objectif inavouable ! Et bien c’est de viser le favori de la primaire : Alain Juppé. L’esprit de renoncement né en 68, dit Nicolas Sarkozy, aurait contaminée une partie de la droite…. Celle qui promeut aujourd’hui « des accommodements raisonnables » avec la laïcité. Nicolas Sarkozy, bien sûr, ne cite pas son ancien ministre des Affaires Etrangères, mais ce terme d'« accommodements raisonnables », est utilisé fréquemment par Alain Juppé qui l’a rapporté du Canada, pour qualifier l’application de la laïcité telle qu’il la voit. Alain Juppé est donc, ça saute aux yeux, un affreux soixante-huitard, (même si ‘cheveux longs idées courtes’ lui sera difficilement applicable).

L’autre objectif, avoué celui-là, de ce discours, le voici : Nicolas Sarkozy avait choisi Lille et un quartier populaire pour s’adresser à des sympathisants, dont il affirme qu’une bonne partie a déjà voté FN. L’ancien président leur a tenu un discours volontairement un peu primaire pour renouer le contact, leur dire qu’il comprend leur désarroi. Mais dans ce discours, en même temps, il leur a dit que contrairement à ce que certains espèrent, jamais il ne franchirait la ligne rouge, jamais il ne fraierait avec le FN. Il faut bien que quelqu’un s’y colle et parle, sans les mépriser, aux électeurs du FN qui sont d’abord des citoyens qui protestent contre l’évolution d’un monde qui perd ses repères et change de hiérarchie sans leur demander leur avis. Ce discours brut serait, en fait, une opération vertueuse de recyclage républicain, en quelques sortes. Mais l’exercice est périlleux parce qu’effectivement, les paroles d’hier soir restent d’une facture classique… Et en même temps elles sont très théoriques : la communauté nationale doit être au-dessus du communautarisme, les majorités sont plus légitimes que les minorités, la discipline c’est mieux que l’indiscipline. Mais quelles seraient les traductions de ces évidences et des sous-entendus qui vont avec, en terme de lois, de propositions concrètes ? Il serait alors bien difficile de ne pas dépasser cette ligne rouge… celle qui sépare encore Les Républicain du Front National.

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