Le gouvernement veut pérenniser certaines dispositions de l’état d’urgence…

Oui, le gouvernement peut prendre, s’il rend commun ce qui est exceptionnel en matière de lutte contre le terrorisme, une pente sécuritaire bien singulière, loin de la cohérence du macronisme en train de s’élaborer sous nos yeux. Emmanuel Macron, en s’opposant sans ambages, dès le début, à la déchéance de nationalité proposée par François Hollande en novembre 2015, avait marqué une différence. Il s’était montré soucieux du respect des équilibres entre nécessaire sécurité et liberté fondamentale. Beaucoup d’électeurs de gauche suivent d’ailleurs Emmanuel Macron, justement parce que son libéralisme sociétal fait de lui un progressiste. Dans le même ordre d’idée, Édouard Philippe se dit de droite parce qu’il croit en l’autorité de l’Etat ET, souligne-t-il, parce qu’il vénère la liberté, pas simplement économique, toutes les libertés. Il s’est toujours élevé contre les surenchères sécuritaires de Les Républicains.

Et c’est d’ailleurs ce qui fait de lui aussi un progressiste compatible avec Emmanuel Macron

Normalement oui ! Il est donc assez surprenant de voir ces deux hommes proposer de pérenniser une grande partie de l’état d’urgence, et en plus de le faire savoir à la Sarkozienne, après un attentat, au fil des évènements. Ce n’est pas raccord avec ce libéralisme progressiste porté en bandoulière par l’exécutif. On avait compris que le macronisme c’était en finir avec les lois idéologiques ou de circonstances… que c’était faire dans le pragmatisme, avoir le courage politique d’être vraiment efficace en évitant les postures plus symboliques qu’opérationnelles. C’est ce qui nous est vendu pour l’économie, pour réformer le code du travail. On aurait pu croire que cette façon de réformer était aussi valable pour les sujets de société comme la sécurité. Une loi antiterroriste a déjà été votée le 3 juin dernier, présentée comme la panacée, le degré ultime au-delà duquel il ne fallait pas s’aventurer pour éviter le risque de l’arbitraire.

Or, pérenniser dans le droit commun les dispositions de l’état d’urgence, légiférer au rythme des attentats, même les plus minimes comme un coup de marteau, ne cadre pas avec le tableau du courage progressiste et pragmatique affiché. Il faudra bien sûr voir le texte officiel et définitif. Mais l’Etat d’urgence n’est plus efficace. Il est maintenu pour des raisons émotionnelles plus qu’opérationnelles. Les praticiens de la sécurité et du renseignement le disent. Tous les attentats déjoués ces derniers mois l’ont été avec des actions et procédures policières et judiciaires ordinaires. Depuis décembre 2016, il n’y a eu que 22 perquisitions administratives dans le cadre de l’état d’urgence, qui d’ailleurs n’ont rien donné puisque l’effet de surprise est naturellement émoussé au bout de quelques semaines d’application de cet état d’exception.

Quant aux assignations à résidence, elles ne peuvent pas devenir éternelles sans procédure judiciaire bien sûr ! Ce ne serait heureusement pas constitutionnel. Il y a sur ces sujets une citation un peu poncif, mais qu’il faut visiblement rappeler à ceux qui se disent libéraux et progressistes : « Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l'une ni l'autre, et finit par perdre les deux. » Benjamin Franklin

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