Nicolas Sarkozy avait annoncé avant son élection qu'il prendrait quelques jours pour "habiter sa fonction" disait-il. Et bien, le nouveau président a choisi une retraite plutôt dorée, affichant un certain luxe qui ne manque pas d'étonner. Vous vous souvenez sans doute qu'en entrant en campagne le 14 janvier dernier, le candidat Sarkozy nous avait gratifiés d'un "j'ai changé". Et pour nous le prouver, il se mettait à citer Blum et Jaurès, ne faisait pas un déplacement sans s'arrêter dans une usine où il dédaignait le patron mais montait quasiment sur un tonneau, façon Billancourt de la belle époque pour haranguer les ouvriers. Il dénonçait d'ailleurs les "patrons voyous", enfin, il assurait que cette aspiration à être président relevait chez lui d'une véritable ascèse personnelle et parlait de "gravité presque religieuse" à devoir se préparer à cette fonction. Alors, forcément, il faut avouer qu'on ne s'attendait pas vraiment à ça. Ca, c'est-à-dire, la soirée entre people au Fouquet's le soir de sa victoire quand le peuple fait bêtement la fête dans la rue. La nuit au Fouquet's, propriété d'un de ses amis Dominique Desseigne, le départ en jet privé, et enfin ces quelques jours de croisière sur un yacht de luxe, dont le propriétaire pourrait bien être un autre de ses amis, Vincent Bolloré. Signes extérieurs de richesses, signes extérieurs d'amour du luxe qui détonnent par rapport à ce à quoi nos dirigeants nous avaient habitués, souvent d'ailleurs dans la plus grande hypocrisie. Car qui se souvient que Georges Pompidou, fils de paysan du Cantal devenu directeur général de la banque Rotschild, arriva à Matignon au volant de sa porsche 356 ? Inimaginable aujourd'hui, car depuis les années 70, la classe politique française entretient un rapport honteux et défiant à l'argent. François Mitterrand au congrès d'Epinay en 71 lance sa fameuse diatribe contre "l'argent qui corrompt, l'argent qui ruine et qui pourrit jusqu'à la conscience des hommes", même si devenu président, il fera preuve de quelques libéralités avec l'argent public pour protéger sa seconde famille. Valéry Giscard d'Estaing lui passe sa présidence à cacher qu'on peut être artistocrate et riche. Jacques Chirac commence sa carrière politique sur une faute de goût. Il achète Bity , mais il se rattrappe ensuite en faisant croire qu'il n'aime rien tant que les soirées télé et la tête de veau. Pendant sa présidence, seul accroc visible à cette image d'épinal, ses fameuses vacances au Royal Palm Beach de l'île Maurice. Mais voilà, Nicolas Sarkozy lui assume. Il assume son goût de l'argent, ses amitiés patronales que lui reprochait d'ailleurs en début de campagne François Bayrou. Il assume son envie de luxe. Droite jet set et alors ? Il y a bien eu la gauche caviar ! Bravo il brise un nouveau tabou diront certains - celui de l'hypocrisie face à l'argent. Un peu décalé se diront les autres, après l'avoir vu en candidat des bleus de travail. Cohérent sans doute en tout cas, avec sa campagne à la Guizot, "Enrichissez vous" a-t-il dit aux Français, et ils ont semblé aimer ça. Les premiers jours de leur nouveau président se veulent peut-être une légitimation à leur désir de s'enrichir.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.