Ce matin… La République des Bisounours !

Oui, ce matin tout va bien ! Vos journaux publient tous la même photo de Nicolas Sarkozy et François Hollande, côte à côte pour les cérémonies du 8 mai… et c’est vrai, on pourrait ironiser mais sans doute avons-nous besoin de temps en temps, comme dans les familles, de se retrouver pour les enterrements ou les mariages… Sans doute, puisque le thème de la république est revenu en force dans la campagne, avons-nous besoin de signes, de symboles et de rites pour rappeler aussi que la République, ce n’est pas seulement des institutions qui organisent la répartition des pouvoirs et donc la compétition pour l’accession aux affaires. C’est aussi une communauté et une histoire partagée. Alors ce matin c’est effectivement la république des bisounours… ou alors la démocratie apaisée tout court. Avec ses moments d’affrontements et ses petits moments de grâce et d’unité. Et cette démocratie est paradoxale puisque les campagnes présidentielles sont de plus en plus violentes et agressives. Et les manifestations d’unité sont également plus faciles et plus spontanées qu’avant. Les antagonismes, pendant des mois, sont démultipliés par l’hypermédiatisation des joutes électorales. Et puis quand la compétition est passée… tout se calme en deux déclarations, celle du vainqueur et celle du vaincu. Là aussi c’est nouveau. Et là aussi c’est certainement à mettre, en partie au moins, sur le compte (pour le meilleur cette fois-ci) de l’hyper médiatisation. C’est la première fois que deux candidats dont l’un est sortant, qui se sont affrontés pendant une campagne présidentielle, assistent ensemble, dès le surlendemain à une cérémonie commémorative.

En 1995 Jacques Chirac, nouvellement élu, avait bien été invité par François Mitterrand aux cérémonies du 8 mai…

Oui mais François Mitterrand était en fin de deuxième mandat et n’avait pas été dans la bataille électorale qui précédait. En 1981 l’occasion ne s’est pas présentée puisque l’élection a eu lieu le 10 mai mais on imagine mal Valéry Giscard d’Estaing et François Mitterrand, à cette époque, côte à côte pour une commémoration officielle. Les fameuses campagnes d’antan, dont on pense qu’elles étaient plus dignes, étaient en réalité beaucoup plus « clivantes » (comme ont dit maintenant). L’idée de l’alternance et même de la légitimité de l’autre à exercer le pouvoir n’était pas une idée si évidente (et pas simplement à Aix-en-Provence). On a fait du chemin. En 2007, Jacques Chirac avait invité son successeur Nicolas Sarkozy pour le 8 mai… mais celui-ci avait décliné. Rien d’idéologique ! Il était, ce jour-là, sur le bateau de son ami Bolloré accomplissant l’une de ses désormais célèbres fautes de goût de début de mandat. Aujourd’hui l’initiative de Nicolas Sarkozy est la bienvenue parce que cette image d’unité et de trêve fait, malgré tout, du bien alors que s’annoncent des temps particulièrement difficiles ; mais il ne faut pas s’y tromper. L’unité nationale, vieux fantasme, c’est bon pour les cérémonies, pour les moments dramatiques, comme lors des tueries de Montauban et de Toulouse, pour les épreuves exceptionnelles, pour quelques textes de lois symboliques mais il ne faut pas en abuser. La démocratie c’est l’opposition des idées, le pouvoir et les contre-pouvoirs. Tout abus de cette notion d’unité nationale serait préjudiciable à la vitalité de notre démocratie… mais c’est vrai qu’en ce domaine on a de la marge !

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.