L'édito politique de Marc Fauvelle

Cela devait être la martingale, la machine à gagner a coup sûr, et voila que la belle mécanique des primaires vient de se prendre les pieds dans la Tour Eiffel...

A Paris, l’UMP vient de le reconnaître, les inscriptions pour le scrutin qui doit opposer dans trois semaines Nathalie Kosciusko Morizet à quatre autres prétendants sont en train de faire pshitt.... 5000 inscrits à peine, dans une ville d'1,3 millions électeurs. Avouez que ça ne sent pas le succès, d'autant que tout un chacun, encarté ou pas à l’UMP, est censé pouvoir y participer, moyennant quelques euros...

Alors bien sûr il ne faut pas sous-estimer l'effet Dati. En se retirant de la course avant même qu'elle ne débute, l'ancienne garde des sceaux a tué le match, dédramatisé l'enjeu, privé la favorite d'une challenger à sa dimension politique, et les électeurs en seront réduits à valider à 60, 70 ou 80% le sacre annoncé de NKM...

L'autre raison est plus structurelle. Les primaires n'ont jamais fait partie de l'ADN de la droite, habitué à un parti bonapartiste, une culture du chef, où les décisions venaient d'en haut. L'idée même que l'on choisisse son candidat vient heurter le théorème gaulliste qui veut qu'une élection soit d'abord la rencontre d'un homme et d'un peuple.

Les mauvaises langues y ajouteront une troisième cause, qui tient à l'absence de leadership aujourd'hui à l'UMP : c’est le manque d’entrain supposé de Jean-François Copé pour rendre cette primaire vraiment populaire. Politiquement, le président de l'UMP n’a aucun intérêt à offrir un tremplin parisien à NKM et les proches de la candidate le soupçonnent en coulisses de lui savonner la planche. Comment expliquer par exemple, qu'il n'y ait que 5000 inscrits, alors qu'officiellement, l'UMP revendique 30.000 adhérents dans la capitale.

Et la gauche, elle, aurait tort de se réjouir trop vite...

Oui, car à Paris le match se joue à front renversé.

C’est l’UMP qui organise des primaires, et c’est le PS, qui les a pourtant popularisés à la présidentielle, qui décide de s'en passer...

Oublié, les gages de modernité, de démocratie locale, non, Bertrand Delanoë a tellement bien préparer sa succession, qu’il n’en reste plus qu’une en lice Anne Hidalgo, qui du coup va devoir ramer pendant la campagne pour convaincre qu'elle n'est pas l'héritière du maire sortant...

Primaire plébiscitaire d'un côté, pas de primaire de l'autre, on le voit le système qui avait fait le bonheur des socialistes en 2011 n'est pas transposable à l'infini... Enfin, en allant un peu plus loin, on peut s'interroger sur les effets qu'a eu la primaire de 2011, sur ce qu'on vit aujourd'hui.

Si François Hollande l'a emporté à l'époque, c'est aussi parce que les sondages faisaient de lui le meilleur rempart contre Nicolas Sarkozy, l'instrument de la victoire des électeurs de gauche. Au final, ses adversaires s'y sont ralliés, mais sans forcément rallier ses idées, où l'intégralité de son programme. Il n’y a pas eu de vainqueur par KO, qui aurait insufflé et imposé sa ligne aux autres tendances du parti, et dégagé une ligne claire. On peut s'en réjouir, c'est la fin du diktat du vainqueur, et l'ère des compromis, mais le résultat est sous nos yeux, Martine Aubry s’est retranchée à Lille et Arnaud Montebourg, l’homme aux 17%, continue de jouer sa propre partition à Bercy.... Moralité, les primaires sont à double tranchant. Utile pour conquérir le pouvoir mais pesantes quand il s’agit de l’exercer.

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