Le mot Danemark est toujours accolé à celui de modèle, à tel point que l’on pourrait croire que c’est la nature du régime. Comme on dit "la République Française", on dit "le modèle Danois". Nous sommes, ce matin en direct du modèle danois !

Ils en deviendraient presque agaçants ces danois à être toujours en tête des classements internationaux sur les questions d’environnement, d’éducation, d’égalité des sexes, d’art de vivre, de santé, de performances économiques et sociales, de bonheur. Et maintenant même de cuisine (affront suprême) avec le meilleur restaurant du monde. Le modèle danois nous fait néanmoins rêver parce que, comme nous, les danois ont la passion de l’égalité.

Royal, Sarkozy, Hollande en 2007 et 2012 ont vanté le modèle danois pendant leur campagne avec la fameuse flexi-sécurité. La flexi-sécurité, désormais stéréotype danois, un peu comme l’infidélité conjugale l’est pour la France vue de l’étranger. Avec la flexi-sécurité, les danois arrivent à rendre compétitif l’État providence. Mais nous observons le modèle sous le mauvais angle. On se pâme devant ces danois qui semblent toujours résoudre la quadrature du cercle économique et sociale. Ce sont, en fait, les institutions politiques, éminemment démocratiques et transparentes, qui permettent à la société danoise, d’être, à la fois performante et généreuse.

Le Danemark est une démocratie mono camérale : une seule chambre, la proportionnelle, des institutions faites pour la négociation permanente. Toutes les réformes sont le produit de concertations, lentes et patientes quand il le faut (comme sur la réforme des retraites) plus rapide quand c’est nécessaire (comme sur les mesures prises pour améliorer la compétitivité des entreprises.) Jamais un seul parti politique, ici, ne peut écraser les autres ! Non et l’exécutif ne s’appuie pas sur un pouvoir personnel trop fort. Les décisions, prises de concert, sont acceptées. Du coup, l’a priori envers l’État, la majorité, l’opposition, l’impôt est positif et la confiance règne. Ici (société de confiance) le mot "flexi-sécurité" est composé de deux notions complémentaires. En France (société de défiance) il raisonne comme un oxymore. La flexibilité est –chez nous- forcement l’ennemi de la sécurité et inversement, comme la gauche et l’ennemi de la droite et les patrons des ouvriers. Ceux qui ont essayé, par le passé, de vraiment s’inspirer du modèle danois - (Mendes-France ou Rocard à Gauche, Chaban-Delmas ou certains centristes à droite) ont toujours échoué face aux tenants de la politique des blocs et des luttes.

En réalité le Danemark est un modèle politique avant d’être un modèle économique et sociale. La confiance, c’est le maitre mot. Mais la confiance qui règne au sein d’une société vient-elle d’abord du caractère et de l’histoire d’un peuple ou bien de ses institutions et des comportements qu’elles engendrent ? Les deux certainement. C’est un sujet de philosophie politique qui devrait intéresser autant les élus que chaque citoyen dans son rapport à l’ensemble de la collectivité. Mais tant que nous auront des institutions faites pour l’affrontement permanent l’évocation du modèle danois restera une figure rhétorique de campagne.

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