Donc, Emmanuel Macron a prononcé un discours présidentiel à Orléans, lors de la traditionnelle fête de Jeanne d’Arc dont il était l’invité d’honneur.

Pour la première fois Emmanuel Macron parlait exclusivement d’autre chose que d’économie, dépassait de très loin ses attributions pour parler de la France à la façon, même pas d’un candidat, mais d’un président (d’ailleurs il n’a pas cité une seule fois François Hollande). Déjà, le choix de Jeanne d’Arc, à l’invitation d’un jeune maire de centre-droit le place, encore en fois, au-delà du clivage gauche-droite. Emmanuel Macron, qui prend bien soin (et vous verrez que c’est nécessaire) de préciser qu’il ne croit pas en l’homme providentiel, inscrit carrément sa démarche dans la lignée de Jeanne d’Arc ! Il est vrai que la Pucelle d’Orléans fournit depuis toujours matière à métaphores les plus diverses pour servir les causes supérieures les plus variées. Il suffit de tirer les bons fils. Pour Macron, Jeanne est « Comme une flèche (...) sa trajectoire est nette, Jeanne fend le système » dit-il… ça pouvait pas mieux tomber, « moi aussi », aurait-il pu ajouter! Plus loin, il évoque la trajectoire originale et victorieuse de Jeanne (qui se fraye un chemin jusqu'au Roi) et qui arrive à imposer sa stratégie audacieuse et iconoclaste aux généraux incapables d’en finir avec la guerre de Cent ans, aveuglés par leurs habitudes et leurs dogmes. C’était un discours sous-titré, stabylobossé pour que l’on comprenne…et on a compris. Mais si vous êtes vraiment bouché, alors, le ministre de l’économie conclu en fluo clignotant et klaxonnant, je cite : "voilà pourquoi, les Français ont besoin de Jeanne d'Arc car elle nous dit que le destin n'est pas écrit". C’est clair là ?

Et quelles étaient les références historiques et politiques de ce discours en dehors de Jeanne d’Arc ?

L’index des noms propres du discours (au demeurant bien écrit) comprenait Michelet, Gambetta Marc Bloch, Charles Péguy, de Gaulle, Hugo et Jean Zay, le jeune ministre de l’éducation du Front Populaire assassiné par la milice. Un bouquet qui donne au propos une épaisseur plutôt de gauche mais consensuelle, plus Radical que socialiste. Dans tout bon discours sur la France, il y a les racines et les branches, le passé et l’avenir. Et c’est là que le ton du ministre de l’économie tranche par son optimisme. Il s’est placé en exact inverse du FN, comme pour montrer ce que pourrait être le second tour de 2017. Les « déclinistes » autoritaires d’un côté, les optimistes ouverts de l’autre. Macron parle d’une France qui doit aimer le cours du monde plutôt que de le craindre. Il parle d’opportunités, d’initiatives, et met l’immigré au même rang que l’entrepreneur, parmi ceux qui doivent pouvoir accomplir leur destin en France (et ce type de propos sur l’éducation, même à gauche ce n’est plus si courant). Le discours d’hier avait clairement pour but de chercher, sans complexe, une certaine hauteur de vue et d’offrir une alternative au-delà des canons habituels de son camp (la gauche) et de son rang (simple ministre)…une alternative au retour de l’autorité républicaine un peu raide de Manuel Valls, ou à la société du Compromis un peu mou de François Hollande

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