La grève SNCF ne fait plus la une de l’actualité…

Non, on s’habitue, tant bien que mal. Les Français s’organisent, vivent avec cette donnée qui devient une sorte de météo des transports, quotidienne mais prévisible. Ils prennent leur mal en patience. Tous ceux qui ont besoin de prendre le train ont dans leur smartphone ou leur agenda le calendrier des grèves. La gêne est réelle, pénible, mais moins bloquante qu’une grève continue. Le système D (talent national) a le temps de se mettre en place et joue en défaveur des grévistes et de la SNCF, puisque certains arrivent même à démontrer qu’on peut même se passer du train. Mais bien sûr   l’immense majorité des usagers a simplement intégré l’idée qu’elle allait galérer, au pire, jusqu’à fin juin. La popularité de la grève, minoritaire, s’érode à chaque nouvelle étape. Heureusement pour eux, les cheminots ne sont pas majoritairement perçus comme privilégiés (contrairement aux pilotes d’avion) mais la pertinence de la réforme n’est pas pour autant remise en cause par le plus grand nombre. Dans ce genre de conflit, ce qui se joue, pour chacune des parties, c’est de faire porter le chapeau de la responsabilité de la gêne à l’autre. L’exaspération liée à la désorganisation des services publics est toujours là. Mais cette désorganisation peut être considérée comme la faute d’un gouvernement qui voudrait  réformer à tort ou injustement, ou la faute des grévistes qui ne voudraient pas évoluer avec leur temps. Dans l’éducation ou l’industrie, par exemple, il n’est pas rare que les grévistes soient suivis par l’opinion… Dans les transports, c’est plus compliqué… 

Les sondages montrent aussi que les Français pensent majoritairement que le gouvernement ne cédera pas…

Oui, et ils le pensent sans le lui reprocher, c’est la plus mauvaise nouvelle pour les grévistes. L’analyse selon laquelle les Français sont prêts pour les réformes (analyse de base du macronisme) s’avère vraie…. Prêts ou peut-être plutôt résignés. D’habitude les Français se disent favorables au changement en général mais  défavorables quand il s’agit de changer eux-mêmes en particulier ! Mais ces refus éparses ne se coalisent pas. Ils sont trop disparates pour donner au conflit de la SNCF le caractère de grève par procuration, comme ce fut le cas en 1995 et 1997. L’idée de maintenir le statut des cheminots et celui de l’entreprise ne suffit pas à faire de la grève de la SNCF une cause représentative d’un mécontentement plus général. A la fin du mois, le Sénat adoptera le texte… sans changement de stratégie syndicale (et encore à l’effet très incertain), alors le mouvement, logiquement, s’éteindra. Pour qu’un mouvement de grève aille au-delà d’une loi votée par la représentation nationale, il faut qu’il soit soutenu activement par la population, et surtout que ce mouvement ait réussi à prendre sur ses épaules une désapprobation plus générale et profonde ou une grande lassitude vis-à-vis de l’action du gouvernement. Ce n’est pas le cas.

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