Donc le macronisme se verdit...

Pour l’instant, il se verdit en campagne électorale puisque le programme de LREM publié hier comporte de vrais morceaux d’écologie... mais des morceaux  qui, comme pour tout ce qui est promis pour une élection européenne, engagent assez peu puisque par définition toute mesure importante est soumise à l’approbation des 26 autres pays. C’est assez pratique l’Europe, on peut promettre la lune, on n’en est responsable que d’un 26ème. Mais ces promesses s’accompagnent d’engagements présidentiels purement français depuis la remise du rapport sur la biodiversité. Par exemple, abandonner (c’est quasiment fait) le projet minier de la montagne d’or en Guyane. Il y aussi cette idée de confier à un conseil de 150 Français tirés au sort le soin de travailler (et de faire des recommandations) sur la fiscalité verte ou sur la rénovation thermique massive des bâtiments. Recommandations qui seront directement soumises au parlement, ou même à referendum. Méthode réclamée depuis longtemps par le monde écologiste. Donc, à ce stade, on peut affirmer que les engagements du président sont sérieux... mais ce ne sont que des engagements et bien des écologistes ne lui font plus confiance et attendent plus de preuves de sa sincérité. 

Ben oui, c’est la question ! La conversion écologique d’Emmanuel Macron est-elle crédible ?

On ne peut pas savoir... sur ces sujets, comment démêler ce qui relève de la tactique, de la sincérité ou d’un lent processus de conversion ! Il y a deux doctrines chez les écologistes... ceux qui considèrent que la gauche et la droite classiques (et Emmanuel Macron cumule ces deux étiquettes) sont d’irrécupérables productivistes shootés à la croissance carbonée. Et puis il y a ceux qui pensent que l’urgence écologique vaut la peine de ne jamais désespérer de désintoxiquer les plus accros. La pression de l’opinion, l’évidence perceptible par tous des 1ers effets du dérèglement climatique, précipitent la victoire culturelle des écologistes. Pour vraiment opérer un changement radical de logique, faut-il attendre que les écologistes soient au pouvoir par eux-mêmes ? Ce serait bien imprudent ! Ayant constaté que ces derniers n’ont pas voulu (ou pas su) rassembler la gauche autour d’une seule offre social-écologiste, autant importer l’écologie au sein des partis qui sont au pouvoir ou ont la capacité de s’y hisser. C’était le pari de Nicolas Hulot. Il s’est usé à la tâche. Pascal Canfin a pris le relais à un moment où Emmanuel Macron avait furieusement besoin d’offrir un horizon politique clair à son camp. En président soucieux de la place de la France dans le monde, il sait que Paris pèse quand il défend des valeurs universelles. L’écologie est de celles-là et peut donner, enfin, un contenu au progressisme autoproclamé que le président voulait opposer au nationalisme. L’urgence écologique et le débouché stratégique qu’elle représente ont donc poussé le chef de l’Etat à verdir le macronisme. Les électeurs (notamment de centre-droit) qui ne l’ont pas choisi pour ça en 2017 le suivront-ils sur cette voix ? Ceux qui ont véritablement une fibre écologique préfèreront-ils l’original (Jadot) à la copie (Loiseau) ou à tous les autres convertis (Aubry, Glucksmann, Hamon) ? La réponse n’est –pour l’instant- pas évidente.

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