Le Président remonte de trois points dans un sondage publié samedi par "Le Parisien", mais l'exécutif est toujours sous le coup d'une certaine défiance de l'opinion. La crise n'est d'ailleurs pas forcément facteur de défiance envers ceux qui gouvernent. Il peut y avoir un réflexe légitimiste. Angela Merkel et Silvio Berlusconi connaissent, par exemple, une isolante popularité chez eux et il n'est pas dit que Nicolas Sarkozy ne regrimpe pas dans les sondages. L'inverse est aussi possible. Bref, on n'en sait rien. Tout dépendra sans doute de la façon dont le Président réussira à négocier le changement complet de scénario de son quinquennat. Résumons : Nicolas Sarkozy avait été élu pour réformer la France afin que notre pays s'adapte au monde tel qu'il est. Le sous-entendu était bien sûr que nos structures, nos habitudes, notre confort, bref notre conservatisme, nous empêchaient de monter dans le train d'une mondialisation dont nous avions peur. "Adaptons-nous au monde", disait-il. Or, il se trouve que le fameux monde, tel qu'il est, s'est écroulé l'été dernier et que ceux (l'Espagne, l'Irlande, les nouvelles démocraties de l'Est), ceux qui s'étaient si bien adaptés au monde, sombrent deux fois plus vite que nous. Il faut donc changer le scénario du quinquennat et carrément le retourner comme un jean neuf que l'on met à la machine. Nicolas Sarkozy va se rendre au G20 en avril pour tenter de convaincre ses partenaires -grands de ce monde- qu'il faut réformer le capitalisme, qu'il faut réguler, contrôler, encadrer. En gros, qu'il faut que le monde ressemble plus à la France ! L'homme qui voulait que l'on monte dans le train, maintenant, court après le train pour lui demander de s'arrêter ! Plus de protection et de régulation, c'est ce que veut l'opinion - ça ne devrait pas être si difficile à vendre. Et voila pourquoi le Président a demandé aux ministres de positiver, de communiquer à outrance sur les bonnes nouvelles. Martin Hirsch et Brice Horteufeux vont écrire aux bénéficiaires de la prime de solidarité active pour bien souligner, surligner en clignotant et fluorescent et en klaxonnant que c'est grâce au gouvernement. C'est de bonne guerre de communication mais ce qui est cocasse, c'est que le gouvernement se vante d'une action totalement contradictoire avec la philosophie sur laquelle s'est fondée la victoire du Président. Cette prime entre bien dans la définition de l'assistanat dénoncé il n'y a pas si longtemps. La réécriture du scénario est donc en cours : Le Président élu avait mis sa combinaison du super héro Réformator et il devient maintenant Conservator. Il faut préserver le modèle social, développer les emplois aidés, il faut que l'Etat intervienne à tout va ! Alors évidemment, incarner Réformator ça va mieux au teint de Nicolas Sarkozy qui aime l'action et le mouvement. Incarner Concervator, c'est plus complexe. Le truc - parce qu'il y a un truc - c'est le mouvement. Réformer en mouvement, ça allait de soi, il va falloir que Nicolas Sarkozy arrive à conserver en mouvement et là, on frôle l'oxymore ! C'est pour cela que l'on va, encore et toujours, voir le président sur tous les fronts, multipliant les déplacements, au gré de l'actualité. Et parallèlement, on opère une reculade prudente sur toutes les réformes génératrices de colères inutiles par temps de crises : recherche, collectivité locales, bientôt sans doute, justice. Pour emballer tous ça, les publicitaires de l'Elysée comme Jean-Michel Goudard ou Thierry Saussez prennent de plus en plus de place auprès du Président et au détriment par exemple de l'ancienne journaliste, Catherine Pégard, chargée d'amadouer les parlementaires. Un rôle devenu presque secondaire puisque la réforme est elle-même devenue secondaire. Vous aviez acheté un billet pour Réformator, hé bien au moment ou la lumière s'éteignait dans la salle on a dû changer la bobine et vous allez voir Conservator, le retour... Il n'y a plus le choix !

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