Vous vous intéressez ce matin à la façon dont Nicolas Sarkozy communique sur twitter.

Oui pour montrer que ce nouveau moyen de communication politique, fait de petits messages de 140 signes distillés au fil de la journée, peut permettre de teinter le débat, comme ça l’air de rien. Hier matin, faisant référence à la polémique sur la viande halal, Nicolas Sarkozy, chez nos confrères de RMC, s’était montré, tout à fait mesuré et en retrait par rapport à son ministre de l’Intérieur en disant, je cite : « qu’établir un lien entre le vote des étrangers et la systématisation de la viande halal dans les cantines scolaires était excessif » et puis dans l’après midi sur twitter, Nicolas Sarkozy dit ceci : « donner le droit de vote aux étrangers favoriserait le communautarisme ». Un deuxième tweet sur le sujet, dans la foulée affirmait que « dans la république on n’organise pas les menus en fonction des religions des uns et des autres ». Finalement, sur Twitter Nicolas Sarkozy dit, l’air de rien, exactement la même chose que Claude Guéant qu’il dénonçait le matin même.

Cet épisode montre l’effet, « goutte à goutte » idéologique que peut avoir ce nouveau moyen de diffusion des idées politiques. Twitter peut être une sorte d’intraveineuse indolore. La multiplication des moyens de communications impose, logiquement une plus grande cohérence du discours politique… les affirmations de chacun sont immédiatement comparables entre elles et accessibles à tous. On ne s’adresse plus jamais à un public seul et isolé à qui on pourrait dire ce qu’il a envie d’entendre sans risquer de choquer le reste de la population. Pourtant avec Twitter on peut recréer un discours impressionniste, ou pointilliste, fait de petites affirmations frappées au coin du bon sens, qui, l’air de rien, mises bout à bout, dessinent une cohérence.

Voilà pour le vecteur du message mais « donner le droit de vote aux étrangers favoriserait le communautarisme » est une affirmation que Nicolas Sarkozy répète beaucoup en ce moment !

Oui, comme une évidence, un fait acquis mais ça mérite que l’on s’y arrête un peu. Qu’est-ce qui permet de dire que le vote des étrangers favorise le communautarisme ? Rappelons que personne ne propose que les étrangers à l’Union Européenne puissent être élus maires ou conseillers municipaux. Pour que le communautarisme soit favorisé, il faudrait que les candidats, Français ou européens fassent des promesses communautarises à des communautés ! Mais dans les villes, par exemple où il y a beaucoup de musulmans (puisque c’est ce qui a l’air de poser problème) une grande partie d’entre eux sont Français. Or, on n’a jamais vu de candidats sérieux prendre le risque de faire des promesses communautaristes et être élus. On peut plutôt penser que le vote d’étrangers aux élections locales forcerait les candidats et les électeurs à sortir des logiques de leur propre communauté pour pouvoir toucher le plus grands nombre. Ce serait plutôt à une plus grande intégration aux valeurs communes que nous assisterions. Sauf peut-être, a considérer qu’il y a en France des endroits, des ghettos dans lesquels une seule communauté assez homogène domine à ce point dans telle ou telle municipalité. Bref, la question du communautarisme favorisé ou non par le droit de vote est une question de science-politique, d’urbanisme, de sociologie… une question, comme bien d’autres qu’il est bien sûr, inconcevable d’aborder par petits messages de 140 signes, sauf à vouloir l’instrumentaliser.

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