Un dilemme saisit bien des électeurs de gauche qui hésitent entre Benoit Hamon et Emmanuel Macron.

Oui, de nombreux électeurs de ce que l’on pourrait appeler, sans doute imparfaitement, la gauche réformiste ou la gauche de gouvernement, bref une bonne partie de la sphère socialiste modérée, s’interroge sur son vote. Un doute qui grossit le chiffre impressionnant que les sondeurs n’ont, pour le coup, pas de mal à établir : autour de 40% des électeurs n’ont pas encore fait leur choix à seulement 5 semaines du scrutin. Pour caractériser ce qui taraude ces électeurs, le cas de Bertrand Delanoë et Anne Hidalgo, deux personnalités politiquement très proches, est significatif. Bertrand Delanoë a été maire de Paris, et Anne Hidalgo lui a succédé. Tous deux ont pratiqué -ou pratiquent- une gestion des affaires municipales à la fois volontariste, sociale, passablement écologique et en même temps budgétairement rigoureuse. Ils devraient donc avoir la même vision des choses. Pourtant l’un soutient Emmanuel Macron, l’autre Benoit Hamon.

C’est dû à une différence d’appréciation du risque Le Pen, non ?

En grande partie oui, même s’ils avancent aussi une proximité idéologique avec le candidat de leur choix. Mais c’est vrai, Bertrand Delanoë estime que seul Emmanuel Macron peut réunir suffisamment d’électeurs de droite et de gauche pour barrer la route à l’extrême droite. Anne Hidalgo pense, elle, qu’Emmanuel Macron représente tout ce qui, ces dernières années, a fait progresser le FN. Elle se méfie de l’idée selon laquelle on peut se passer du clivage gauche/droite. La raison de bien des électeurs de gauche balance entre ces deux visions : Voter Emmanuel Macron pour faire barrage à Marine Le Pen dès le 1ertour, Benoit Hamon et François Fillon étant trop à gauche et trop à droite pour espérer rassembler contre l’extrême droite. Ou voter, comme d’habitude pour le candidat socialiste parce qu’élire Emmanuel Macron serait entériner la transformation du paysage politique, avec non plus d’un côté la droite et de l’autre la gauche, mais avec d’un côté le macronisme droite/gauche au pouvoir, et de l’autre l’opposition d’extrême droite. Ce qui revient à dire, si l’on croit à la démocratie et donc à l’alternance, ce qui revient à dire, avec certitude cette fois, que le FN sera au pouvoir dans 5 ou 10 ans! Selon la logique de l’électeur de gauche qui préfère voter Hamon, l’élection d’Emmanuel Macron serait donc le détonateur d’une vaste recomposition du paysage politique avec, en position de force, l’élément le plus puissant du moment : le FN. Au contraire, selon l’électeur macroniste de gauche, foin de plan sur le paysage politique de demain, c’est maintenant qu’il faut créer une nouvelle dynamique et barrer la route de l’Elysée au FN. En tout état de cause, les perspectives politiques sont bien sombres aux yeux des électeurs de la gauche modérée qui sont sommés de se déterminer non pas sur leurs idées, mais contre un danger politique, en vertu d’une cruelle réalité pour eux : la France d’aujourd’hui n’est pas de gauche ! Demain, nous explorerons le doute qui submerge les électeurs du centre-droit. Parce que le plus inconfortable aujourd’hui, c’est –de droite ou de gauche- c’est d’être un modéré.

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