Une boussole, un totem, l’incarnation du modèle social français. Le gaullisme c’est une « certaine idée de la France » disait le Général lui-même. C’est vague et ça permet à chacun d’y projeter ce qu’il veut. C’est en cela que le gaullisme reste bien pratique ! Aujourd’hui, on y met tout ce que l’on considère devoir être permanant en France. Un volontarisme ambitieux, un Etat qui peut, une rigueur morale, un désintéressement matériel. Le gaullisme suggère d’abord l’union pour la survie de la France et la république en 40 ou en 58 et pour sa grandeur, son indépendance et sa modernisation entre 58 et 69... Tout ça derrière de Gaulle bien sûr. Ce qui, depuis 1970 devient, vous en conviendrez assez compliqué. De Gaulle n’étant plus de ce monde, normalement le gaullisme n’existe plus. C’est Andrée Malraux d’ailleurs qui prévenait en 69 les héritiers autoproclamés du général qu’il ne peut pas y avoir de gaullisme sans de Gaulle. Sauf qu’une telle enseigne politique ça ne s’abandonne pas comme ça. Elle a été reprise dès 1970 par d’anciens plus ou moins proches du général qui se sont trahis les uns les autres en diverses péripéties avant qu’un jeune lieutenant pompidolien fonde le RPR en 1976. Jacques Chirac tenait la pancarte du gaullisme de 76 à 2007… C’est bien la preuve que le gaullisme n’est pas une idéologie puisque Jacques Chirac (tout en allant se prosterner chaque année à Colombey) a été successivement travailliste de droite dans les années 70, libéral néo-thatchérien au début des années 80, libéral autoritaire en 86, conservateur social et européen en 95, rassembleur républicain en 2002, écologiste en 2007… Il est plus prudent de constater que le gaullisme idéologique n’existe pas, qu’il s’agit d’une sorte d’étatisme tempéré, de capitalisme social, de conservatisme contrarié. Du temps même du Général c’était dur à suivre. C’était une idéologie progressiste avec la loi Neuwirth sur la pilule, réactionnaire avec l’incompréhension totale de mai 68. Social avec le CNR (Conseil National de la résistance) et le programme du RPF, anti sociale avec les barbouzes casseurs de grèves. Donc le Gaullisme reste indéfinissable mais il existe peut être une attitude gaullienne. Et c’est quoi l’attitude gaullienne ?C’est quelque chose de grand, de théâtral avec de l’essentiel dedans. Les derniers moments très gaulliens furent le deuxième tour de l’élection présidentielle de 2002 ou le refus de la guerre en Irak en 2003… L’attitude gaullienne permet à la France d’avoir de bons reflexes dans des moments clefs mais si l’on peut attendre de nos dirigeants d’avoir ces réflexes, on ne peut pas non plus trop leur demander de reproduire la geste gaullienne. Imaginez un président d’aujourd’hui s’essayer à la grandiloquence gaullienne, avec grand moulinets et phrases du genre « la France c’est la France » ce serait ridicule et anachronique. On supporte ça, un peu de Dominique de Villepin tant qu’il n’a pas le pouvoir… Pourtant il y a bien une nostalgie gaullienne, de ce drôle de personnage, statue vivante, hors du temps, qui payait les factures d’électricité de son appartement privé à l’Elysée et passait ses vacances à la Boisserie à écrire et à lire auprès de tante Yvonne… La nostalgie d’un personnel politique lettré, encré dans l’histoire. Au fond on aime se référer à l’idée gaullienne. Elle nous rassure, elle est devenue identitaire pour les Français, comme ces vieux clochers un peu délabrés ou les anciens bâtiments publics et monuments du passé qui survivent dans les centres-villes aseptisés par les enseignes franchisées.

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