Le FN se rapproche du pouvoir…

Au moins du pouvoir dans une, 2 ou 3 régions puisque un sondage, ce week-end, met le Grand-Est à sa portée. Depuis quelques mois, il ne parait plus tout à fait absurde de penser que M.le Pen gagne même la présidentielle. M.Le Pen reste l’une des personnalités les plus impopulaires (on parle souvent des taux de popularité, on devrait aussi se pencher sur les taux d’impopularité) mais, pour autant, son mouvement continue de cristalliser les mécontentements croissants. On sait que popularité et capacité à être élu ne sont pas forcément corrélées. Alors, quelle est la part de l’adhésion et la part de la protestation dans le vote FN ? C’est la question qui taraude toujours les universitaires et journalistes qui scrutent le FN. Elle n’a, en réalité, aucun sens. Protestation, adhésion, les deux sont mêlées. Le programme du FN est une protestation en lui-même et une partie grandissante des Français adhère, en fait, à la protestation du FN. La plupart de ses propositions ne sont pas destinées à être effectives, applicables. Elles ont été conçues pour capter les colères et passer de 15 à 20%, de 25 à 30% ! On est maintenant au-delà. Et à plus de 30%, un mouvement politique, même isolé, est aux portes du pouvoir. Si les autres partis de gouvernement devaient se coaliser contre lui, ça en ferait l’opposition unique et donc (puisque démocratie égale alternance), le FN serait la seule alternative à la coalition et, mécaniquement, serait dans l’antichambre du pouvoir. Voilà pourquoi le rassemblement républicain contre le FN est devenu un réflexe moral sans efficacité politique.

Le FN aux portes du pouvoir, ça change le climat politique du pays !

Oui et ça change aussi le FN. Ce parti ne peut plus établir son programme comme avant, il doit désormais le concocter en tenant compte des réalités juridiques et économiques. Il lui faut sortir du tout déclamatoire, dépasser sa fonction tribunicienne. Et ça demande plus de cohérence et quelques compétences. A mesure qu’approche, non pas les régionales, mais la mère de des batailles, la présidentielle, le FN doit donc faire de plus en plus attention à ce qu’il dit. Sur la question des flux migratoires, par exemple, M.Le Pen change de discours et de chiffres. Le défi sera de détailler, chiffrer, rendre juridiquement applicable ce qui n’était que slogans. Et ce n’est pas gagné, Libération l’a bien montré samedi dans sa page Désintox. Sur le réchauffement climatique, le FN change aussi. De même, sur la sortie de l’Euro, il se fait plus filandreux. Il ne s’agit plus simplement de rallier les victimes exaspérées de la crise mais aussi ceux, plus installés, qui craignent une politique brutale et de rupture sur ce sujet. Le FN qui était a-responsable (‘a’ privatif), c’est-à-dire comptable d’aucune politique mise en œuvre, entame maintenant un virage programmatique et sémantique délicat. La politique du coup de pieds dans la fourmilière ne suffit plus. Et c’est Florian Philippot –il le démentira- qui est à la manœuvre, pour opérer cette mue, le plus en douce possible, bien sûr. L’idéologie, la tactique, le slogan guident toujours ceux qui se rapprochent du pouvoir, mais le « vent de la réalité » (comme disait Clemenceau à Jaurès) les rappelle à l’ordre…ou les balaie.

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