Question quasi mensuelle : Nicolas Hulot peut-il encore rester longtemps au gouvernement ?

On peut -commentaire facile- ironiser sur le métrage de couleuvres avalées, moquer Hulot qui en est à boire l’eau du vivarium… la question est simplement de savoir si l’écologiste le plus populaire de France (le seul, en fait, qui ait un poids politique) est utile ou non, là où il est. Sans lui au gouvernement, la transition énergétique serait-elle sur des rails plus sûres ? Nicolas Hulot est-il le green washer d’une politique rétrograde ou le garant des seuls petits pas, certes trop lents, du gouvernement sur le sujet ? Les écologistes, tous, même les plus proches de Hulot, comme Pascal Canfin hier à ce micro, sont atterrés par la façon dont le ministre s’y est pris pour justifier sa reculade sur le calendrier de la baisse du nucléaire. Un retard de quelques années, avec une nouvelle date butoir, aurait été compréhensible, mais un flou total sur l’échéancier de la fermeture de réacteurs, la reprise d’éléments de langage des pro-nucléaires, c’est l’aveu d’un rapport de force perdu au sein du gouvernement.

Quelle est la nature de ce rapport de force ?

Ça varie selon les sujets. Sur l’alimentation et l’agriculture, la FNSEA, Stéphane Travers, ministre de l’Agriculture, et le 1er ministre s’opposaient à Nicolas Hulot à propos du délai de suppression du glyphosate. Pourtant Hulot a gagné. La France défend le délai le plus court : 3 ans. Ça veut dire qu’Emmanuel Macron l’a soutenu. Sur le nucléaire, le ministre de l’Ecologie a affaire à Bruno Le Maire, Edouard Philippe et EDF qui rapporte plusieurs milliards de dividendes à l’Etat chaque année et dont les arguments ont le poids de l’or. Isolé, sans force politique constituée, ni intérêts économiques influents, armé d’une popularité qui forcément n’est pas éternelle, Hulot parait bien fragile, malgré son titre ronflant de ministre d’Etat. Comment en est-il arrivé à annoncer lui-même un renoncement de la campagne d’Emmanuel Macron ? Même ses plus proches ne le comprennent pas. Cette aberration politique est le signe qu’il est cerné. Et pourtant… malgré ce tableau peu avantageux, l’écologiste dispose d’un atout inestimable, du carburant politique le plus puissant : le sens de l’histoire. C’est lui, le «transitioniste»,  qui est dans le sens de l’histoire. Les productivistes qui l’entravent sont conservateurs d’un système à bout de souffle. Ils le reconnaissent eux mêmes puisqu’Edouard Philippe avoue qu’il évolue sur la question. Mais ils ne sont pas de taille, sans doute enkystés dans de vieux réflexes, tétanisés par les contraintes et surtout les intérêts industriels… pas de taille, finalement, à enclencher aussi puissamment et promptement qu’ils le prétendent, la transition énergétique. Les motivations de Nicolas Hulot pour rester ou sortir du gouvernement ne répondent pas aux critères classiques de l’ambition ou des rapports de force. Tant qu’il pensera que la transition ira, ne serait-ce qu’un peu plus vite avec lui que sans lui, tant que l’humiliation ou la fatigue seront supportables, il restera. Ce sont des raisons fragiles, certes, mais pas moins respectables que celles qui poussent la grande majorité des responsables politiques à s’accrocher à leur poste. 

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