Le Grenelle de l'Environnement se poursuit actuellement avec des débats en région, avant de conclure fin octobre sur une série de propositions. En attendant, tous les ministres et toute la majorité ne sont pas forcément encore convaincus de l'utilité de s'intéresser à cette question de l'environnement. La scène se passe à Matignon en septembre dernier, le gouvernement est convoqué pour faire le point sur ce que chaque ministère peut faire en matière de défense de l'environnement. Un ministre se tourne discrètement vers l'un de ses collègues et lui souffle : "t'y crois toi à toutes ces conneries ?". L'interpellé gonfle les joues et lâche un soupir. Devant François Fillon, ils se garderont bien évidemment d'exprimer la moindre réserve. Et certains joueront même la montre pour être exemplaires et présenter avant leurs petits copains l'éco bilan de leur ministère. Mais c'est vrai qu'en cercle restreint, quelques-uns se lâchent. Conversation édifiante. "Le réchauffement de la planète, on en fait tout un plat, mais enfin vous avez lu les lettres de Madame de Sévigné à Madame de Grignan ?" nous interroge un ministre. "Vous vous souvenez de la description des orangers en fleurs dans le parc de Versailles, ils étaient en pleine terre à l'époque ! Ca veut dire quoi ? Et bien que sous Louis XIV, il faisait bien plus chaud qu'aujourd'hui à la cour de Versailles, et que cette histoire de climat, ce n'est qu'une affaire de cycles." Renseignements pris auprès d'Alain Baraton, jardinier de Versailles et historien du même jardin, la réalité n'est pas tout à fait celle-là. Les orangers plantés à Versailles étaient dès l'automne, protégés du froid par une structure de verre et de bois. Il ne faisait donc pas si chaud. A l'inverse, on collectait pendant tout l'hiver sur le grand canal en face du château, de la glace que l'on conservait pour usage domestique, mieux, on organisait sous Louis XV, des concours de traineau sur ce même grand canal. Et sous Napoléon, on y louait encore des patins à glace, c'est dire si les hivers étaient rigoureux. Alors, la démonstration a priori ne convaincra pas le ministre amateur de Madame de Sévigné, plus proche des thèses de Claude Allègre en matière de réchauffement, ou plutôt de non réchauffement climatique, que de celle de la majorité des scientifiques qui s'alarme des effets de l'activité humaine sur ces dérèglements. Mais si ce ministre sceptique est un peu excessif, il illustre bien les réticences d'une bonne part de la majorité à faire face à l'obligation de déterminer pour la première fois une vraie politique écologique, ce qui est normalement l'enjeu de ce grenelle. Par culture souvent, elle n'y est point préparée. Après tout, la conversion de Jacques Chirac à l'idée écologique fut tardive, et même l'alerte de Johanesbourg "la maison brûle et nous regardons ailleurs" n'a pas donné lieu à une politique volontariste en France. Par culture donc, les élus de la majorité se sentent plus proches encore des agriculteurs productivistes, ou du "laisser-faire le marché" des industriels que de ceux qui réclament une maitrise de l'activité humaine pour protéger l'environnement. Par culture, et puis par contexte aussi. Les parlementaires ont peu apprécié de se voir dé-saisis de ce grand débat, initié d'abord dans les associations. Et puis ils redoutent l'instauration d'un nouvel impôt écolo, jugé désastreux à 5 mois des municipales. En réalité, ils ne semblent pas tous, avoir pris la mesure du défi. "Le taux directeur de la BCE changé d'un epsilon par Trichet, ça, ça les fait tous réagir, quand 1° celsius en plus à l'échelle d'une génération devrait les faire bondir", résume un écologiste historique. Bref, tout le monde à l'UMP, au gouvernement comme dans la majorité, ne semble pas encore avoir effectué sa révolution culturelle, révolution verte, en matière d'environnement.

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