Depuis deux semaines maintenant des mots, des expressions se sont installés dans le langage des commentateurs et des politiques et presque dans le langage courant, d’abord pour qualifier la crise. Deux métaphores se font concurrence : la catastrophe ou la maladie - déjà ça plante l’ambiance. Commençons par la métaphore catastrophe. Il y a deux écoles : soit on dit que la crise est un 11 septembre soit on dit que c’est un Tsunami. Au siècle dernier, on aurait simplement dit « c’est la Bérézina ». Aujourd’hui, le mieux, c’est même de dire que c’est un VERITABLE 11 septembre ou un VERITABLE Tsunami, tellement ces deux termes ont déjà été utilisés à outrance pour des petits problèmes et sont usés jusqu’à la corde ! Alors il y a débat. Par exemple, Jacques Attali dit : « je préfère Tsunami parce que c’est une série de vagues qui avancent et se propagent et non pas un événement isolé comme le 11 septembre ». Il l’a dit sur France Inter la semaine dernière. D’autres préfèrent la comparaison avec le 11 septembre parce que, comme dans la crise, il y a des coupables et l’équilibre du monde est bouleversé. Là encore, au cours du millénaire précédent, on aurait oscillé plutôt entre « la peste ou le choléra ». Hier, François Fillon, dans son discours à l’Assemblée, avait aussi opté pour la métaphore météorologique en disant deux fois le mot « tempête » et une fois « ouragan ». C’était sans doute dans le souci de nous rassurer par rapport à Tsunami ! La métaphore médicale , là encore deux écoles. Il y a les classiques qui pêchent leur comparaison dans le vocabulaire des Diafoirus de Molière - on entend beaucoup que la finance mondiale vit une « bonne purge », « une saignée », qu’il faut lui appliquer un « remède de cheval ». Et puis, il y a les modernes qui puisent plutôt dans les nouvelles épidémies ou des maladies informatique : on parle de virus, d’éléments toxiques de produits pourris - ça donne un petit côté, fin du monde capitaliste. Et il y a le qualificatif, l’adjectif qui devient à la mode : l’économie est « réelle » ou « virtuelle », donc bien ou mal, c’est comme le capitalisme entrepreneuriale ou spéculatif, on en à déjà parlé. L’économie « réelle », c’est celle vers laquelle il faut retourner. C’est un peu « la terre ne ment pas » du Maréchal - l’économie réelle est simple et naturelle, tout le monde la comprend : un acheteur, un vendeur, à la limite un banquier, pour prêter à taux fixe de l’argent qu’il a dans son coffre en petites coupures comptées et recomptées - ça c’est rassurant comme le troc d’autrefois, une consultation de médecin de campagne contre deux douzaines d’œufs. Et puis il y a le pouvoir d’achat. Alors quand un sujet submerge l’actualité, certains qualificatifs s’imposent et deviennent des poncifs collants comme le papier bonbon dans Tintin. On ne peut plus s’en débarrasser : tout comme le « chat est famélique » (forcément)... le pouvoir d’achat est... en berne, ça y est ! Le pouvoir-d’achat-est-en-berne, ce n’est plus qu’un seul mot ! Il y a aussi les mots étrangers, obscurs. Les subprimes, les stock option etc. L’une des victimes collatérales de la crise financière est la Francophonie. François Fillon, hier à la tribune, a parlé des subprime. Il aurait pu dire comme le font les hommes politiques et les financiers québécois, les sur-primes. J’ai noté qu’il avait dit dans son discours : « subprime, stock option, hedgefund, offshore, dumping ». Alors pour finir, on pourrait faire la phrase type de commentaire de la crise, ça donnerait : « les subprimes sont les éléments toxiques d’une économie virtuelle qui ont provoqué un véritable (n’oubliez pas le véritable) un véritable tsunami, il faudra un sacré remède de cheval pour retourner à un capitalisme entrepreuneurial et en finir avec le pouvoir d’achat en berne ». Si vous dites ça, vous n’aurez rien dit mais vous épaterez vos amis !

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