**Les déclarations fracassantes d’Alain Juppé mercredi dans le journal « Sud-ouest » sont passées, selon vous, un peu inaperçues !Oui, elles ont un certain écho mais ces déclarations auraient dû relancer le débat sur la réforme des collectivités territoriales. Un débat nécessaire et pourtant largement escamoté. D’abord, le coup de gueule de l’ancien premier ministre : il ne s’agit pas de l’agacement d’un élu local qui défend sa baronnie face aux velléités de réformes du président. Il s’agit d’une figure écoutée et respectée de la majorité. Alain Juppé, connu pour son sang froid, souvent moqué d’ailleurs pour une certaine raideur. Il n’est pas d’un naturel colérique…alors ce que l’on lit dans Sud-ouest a tout d’un pétage de plomb. Ce n’en est pas un. Il s’agit plutôt d’une réaction sévère à la réforme des collectivités locales, telle qu’elle est menée : « ce n’est pas un bouleversement, dit le maire de Bordeaux, mais c’est toujours pareil avec Sarkozy, on vous dit que c’est une rupture avec tout ce qui s’est fait par le passé ». Réforme qu’il taxe de démagogique. Sur la suppression de la taxe professionnelle, principale source de revenu des collectivités locales, Alain Juppé pioche dans le vocabulaire d’un chauffeur de taxi parisien devant lequel on freinerait à l’orange (ou chauffeur de taxis bordelais j’imagine qu’aux heures de pointe ça doit être la même chose): « c’est ce foutre du monde » dit-il ? Là on se dit…ils sont gonflés à Sud Ouest, ils ont grillé un off… ce qui veut dire en langage, non plus de chauffeur de taxi mais de journaliste « ils ont publié le contenu d’une conversation privée et censée rester confidentielle! ». Non aucun démenti. Le Juppé élu local est décidément moins langue de bois que le Juppé national. Et pourquoi est-il si furieux ?Alors, il l’explique. C’est à cause du flou de la réforme des collectivités locales. Le texte du gouvernement sera soumis au conseil des ministres le 21 octobre. Il sera ensuite présenté au Sénat parce que, c’est la règle quand on réforme les collectivités locales. Ce texte prévoit la création de 3000 conseillers territoriaux élus au niveau départemental, donc par canton, pour siéger dans des assemblées régionales. 3000 au lieu des 6000 conseillers régionaux et généraux actuels. Le texte est en fait une pâle, très pâle copie de ce que laissait entendre Nicolas Sarkozy pendant sa campagne et au début de son quinquennat. Souvenez vous il faut en finir avec le « mille feuille administratif », c’était le terme consacré pour exprimer une évidence, mairies, communautés de commune, départements, régions, des compétences entrelacées…c’est trop. Puisque c’est une affaire compliquée le président avait confié à Edouard Balladur, affublé d’une commission pluraliste le soin de réfléchir. La méthode était bonne et le résultat ambitieux et cohérent : la commission Balladur proposait de redessiner les régions pour en réduire le nombre à 15 grandes entités au lieu des 22 existantes, mieux répartir moyens et compétences entre ces grandes régions, les départements et les communautés de communes qui seraient les 3 niveaux retenus. Le résultat proposé par le gouvernement est loin d’être celui la : on va garder tous les échelons avec les mêmes compétences, seul le mode de représentation changera et le nombre d’élus diminuera après un redécoupage des cantons pour une économie marginale. C’est donc une réforme moyennement ambitieuse et politiquement suspecte. Et puis Alain Juppé est aussi, officiellement chargé de réfléchir au grand emprunt annoncé par le Président. Il commence à comprendre que l’emprunt servira surtout de réceptacle au trop plein de dépenses incasables dans le budget en discussion en ce moment. Alain Juppé exprime ce sentiment grandissant dans la majorité, selon lequel l’écart entre les paroles fortes et volontaristes du président et le résultat à la fois modeste mais hyper contrôlé par l’Elysée, s’accroit. Et que ça commence à se voir.**

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