Vous pointez ce matin une contradiction dans le discours politique ambiant, à l’occasion des récentes arrestations d’islamistes radicaux en France.

Oui, une contradiction qui est source de confusion politique. On passe son temps en France, depuis plusieurs années à mettre en garde contre un péril qui serait de nature à briser notre pacte social, notre façon de (comme on dit maintenant) « vivre ensemble »… ce péril c’est le communautarisme. On oppose le communautarisme à l’individualisme positif hérité des Lumières, base philosophique de la République. Il n’y a en France qu’une communauté, la communauté nationale, composée d’individus, libres et responsables, ça c’est la théorie. Ils sont égaux en droits et la république sociale, mise en place par le conseil national de la résistance, tente d’établir un système de solidarité. Ce bel ordonnancement a un cadre institutionnel, fonctionne tant bien que mal. Mais il est attaqué de toutes parts en ce moment! Par la globalisation, les nouvelles contraintes financières (pour ce qui est de l’aspect solidarité) et par ceux -nous y voilà- qui remettent en cause la prééminence de l’individu pour s’organiser en communautés. Mais, alors que l’on dénonce la communautarisation de la société, son émiettement, alors que le mot « communautariste » devient une insulte politique… on ne fait que parler de communautés, un peu comme ces puritains qui, en réalité, ne parlent que de sexe !

Oui, par exemple, on a dit : « l’Elysée reçoit les représentants de la « communauté » juive », après l’attentat à la grenade dans une épicerie de Sarcelles…

Oui, ou bien : l’Elysée reçoit les membres de la « communauté » musulmane pour leur dire que « bien sûr », on ne les confond pas avec les extrémistes. Ou bien, on assure -sur un tout autre sujet- la « communauté » homosexuelle de son droit au mariage. Mais, la plupart des juifs ou des musulmans ne savent même pas de quoi est fait le discours de ceux qui parlent en leur nom. Ils s’en contre-fichent, signe –au passage- que la République est une valeur très ancrée dans l’esprit de nos concitoyens de toutes les religions. On pourrait, par exemple, essayer de s’interdire, nous commentateurs, l’utilisation des termes « communauté juive », ou « communauté musulmane ». Mais la difficulté c’est que le mot communauté est devenu le cache-sexe pratique d’un autre mot encore plus anti-républicain… le mot « minorité ». Le mot « communauté » est au mot « minorité », ce que le mot « séniors » est au mot « vieux ». Il ne peut pas y avoir de groupes minoritaires dans un pays composé d’individus. Vous remarquerez que quand un évêque est reçu à l’Elysée on ne dit pas qu’il représente la « communauté chrétienne » mais les chrétiens. Quand on dit « la communauté chrétienne » c’est que l’on parle de la minorité des pratiquants. Ceux qui s’opposent au mariage homosexuel ne disent pas qu’ils parlent au nom d’une « communauté hétérosexuelle ». La République est sans doute le meilleur des régimes pour la France. Mais comment parler aux musulmans ou aux juifs sans faire du communautarisme sémantique ? A moins de ne plus s’adresser aux croyants ou à ceux qui s’identifient à un groupe humain particulier. Ce serait pousser la logique républicaine jusqu’à l’absurde. Un peu comme nier l’existence du racisme sous prétexte qu’on ne reconnaît pas l’existence des races. La « communauté » des commentateurs dont je me fais le représentant ici, est bien embarrassée.

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