Réformer l’assurance chômage pour les demandeurs d’emploi, moduler les allocations familiales selon les revenus : Thomas Legrand revient ce matin sur ces deux tabous…

Oui, en politique quand on dit « tel sujet ne doit pas être un tabou » c’est que l’on s’apprête à opérer un joli virage sur l’aile idéologique. Il y a une variante, « ce sujet ne doit pas être un dogme ». Pour Manuel Valls ce n’est pas vraiment une volte-face puisqu’il prône depuis longtemps, sans avoir été, pour autant très explicite, un réformisme de gauche post-socialiste (si l’on veut être bienveillant) ou un virage à droite (si l’on veut être plus polémique).

Le Premier ministre avait donc d’abord formulé à Londres, en off et en flou c’est vrai, l’idée choc selon laquelle il fallait réformer l’assurance chômage. Il l’a fait à la City, dans le temple de la finance, c'est à dire dans la cuisine du fameux adversaire « qui n’a pas de nom ». François Hollande a donc demandé hier à son Premier ministre de trouver une poubelle un peu plus rose pour jeter ces tabous et ses dogmes socialistes. Bref de « social-démocratiser » sa proposition, c’est à dire de la renvoyer à la discussion des partenaires sociaux pour 2016 ! En français courant, non politique, aux calendes grecques. Les socialistes parlent plus à gauche pendant les campagnes électorales que ce qu’ils font au pouvoir et ils parlent plus à droite que leurs actes (en tout cas Manuel Valls) une fois qu’ils sont au pouvoir. Ils ont encore un problème « de mots et de choses », qui est -bien plus que la personnalité de François Hollande- la principale source du désamour des Français à leur égard.

Pour ce qui est de l’idée de moduler les allocations familiales, la problématique politique est différente.

Oui l’idée selon laquelle le revenu doit entrer en ligne de compte pour la perception des allocations familiales vient de certains parlementaires socialistes. Cette idée brise un principe inscrit dans le marbre par le Conseil National de la Résistance, selon lequel « on cotise selon ses moyens et on perçoit selon ses besoins ». Ce principe idéaliste est applicable par temps de croissance. Mais par temps de crise ou de récession, la formule (cotiser selon ses moyens, percevoir selon ses besoin) ne veut plus rien dire puisque les besoins des personnes sans moyens sont plus importants que ceux des plus aisés. Ce principe élaboré pendant la guerre par des hommes de gauche et des catholiques (raison pour laquelle la CFDT y est très attachée) a changé de couleur avec le temps et la raréfaction de la croissance. Aujourd’hui, il ne participe plus seulement à la solidarité nationale mais aussi à une certaine idée de la famille. Voilà pourquoi ce matin, c’est Le Figaro qui s’insurge en Une, de cette remise en cause d’un acquis social. Voilà pourquoi aussi, Bruno Le Maire qui était favorable à une telle réforme s’en éloigne maintenant qu’il brigue la tête de l’UMP…

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