Le tripartisme, c’est la nouvelle configuration des rapports de force qui s’établit peu à peu …Fini le droite/gauche habituel, nous vivons bien dans le gauche/droite/extrême-droite. 3 entités de forces plus ou moins comparables mais antinomiques. Aucune d’elle ne peut envisager de gouverner avec l’une des deux autres. Du coup, celle qui est au pouvoir (aujourd’hui la gauche) se retrouve forcément et rapidement très minoritaire dans l’opinion, ce qui ajoute à son impuissance et donc à la frustration générale. Nos institutions qui favorisent l’exécutif, notre mode d’élection présidentielle, les législatives qui tronquent la représentation des forces au profit de la stabilité, tout est fait pour qu’il y ait une majorité forte et une opposition représentée. Pas une majorité faible et deux oppositions, dont une absente du parlement. En outre, le tripartisme ne permet pas de dégager une opposition assez solide pour s’affirmer comme alternative satisfaisante. Toutes les enquêtes attestent que la majorité est très décriée, mais montrent aussi que l’opposition de droite ou d’extrême droite ne ferait pas mieux. Et donc cette semaine, l’affaire Morano et l’affrontement direct M.LePen, F.Hollande au parlement européen, les propos très anti-FN du président hier aux Milles, la clarification sur la France et les races de N.Sarkozy hier soir à Bézier, tout ça s’inscrit dans le tripartisme.

L’affaire Morano d’abord, c’est le symptôme d’une droite cernée par l’extrême droite et la gauche.

Et ça lui complique énormément la vie. Cette pression sur ses deux flans l’oblige à de grands écarts idéologiques et symboliques qui affaiblissent la droite et nuisent à la cohérence de son discours! Comment donner des gages au noyau dur de son électorat tenté par l’extrême droite, sans désespérer le halo plus large des modérés, ceux qu’il faudra bien convaincre pour ne pas qu’ils se tournent vers une gauche en plein recentrage. En parlant quasiment comme l’extrême droite, N.Sarkozy avait mis Morano sur orbite, mais en statuant comme un centriste politiquement-correct contre le trublion, il divise son parti. La droite, coincée entre ses deux rivaux, ne sait pas si elle devra ferrailler contre la gauche ou contre l’extrême droite au second tour ! Ça rend l’établissement de son programme et son positionnement d’opposant très complexe ! A Strasbourg, Marine Le Pen s’est attaquée à F.Hollande avec une vigueur et sur un thème (la souveraineté) qui préfigure l’affrontement dont elle rêve en 2017. En face, pareil, F.Hollande doit bien comprendre que sa seule chance d’être réélu, c’est de se retrouver contre Marine Le Pen au 2ème tour. Et c’est le dernier élément très dommageable pour l’état du débat politique : gauche et droite ont intérêt à s’affaiblir l’une l’autre parce que gauche et droite préfèrent affronter le FN dans 18 mois. Et comme l’une et l’autre ne peuvent être que virulentes avec le FN, l’ensemble donne à la vie politique une ambiance de pugilat généralisé et sans nuances, pas vraiment ce dont la France, en crise de nerfs permanente, a besoin en ce moment.

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