Sur le budget et la loi travail, l’exécutif aurait-il perdu la bataille de l’opinion ?

L’idée selon laquelle le budget est un budget pour les riches est maintenant dominante. L’idée selon laquelle la réforme du droit du travail est d’abord faite pour les patrons, l’emporte aussi. Ce qui ne veut pas dire que ce soit forcément un désastre politique, une partie de l’opinion peut estimer que pour remettre la croissance en route, il faut en passer par là. Mais avec une telle logique, le message originel d’Emmanuel Macron est dénaturé. Le président perd une bataille politique (une bataille pas encore la guerre), celle de la crédibilité du concept fondateur de dépassement du clivage droite/gauche. L’idée selon laquelle la politique menée est clairement de droite s’ancre dans les esprits d’autant que les ministres de l’Economie et du Budget chargé de nous convaincre du contraire, sont tous 2 issus de la droite. Leur principal argument face à LR est de dire que tout ce dont la droite a rêvé sans jamais savoir le mettre en œuvre est en train d’être réalisé. Alors évidemment pour convaincre les électeurs de gauche qui ont voté Macron, le casting ministériel est disons un peu décalé. On va d’ailleurs pouvoir en juger à 8H20 puisque Bruno Le Maire sera dans ce studio.

Comment Emmanuel Macron peut-il convaincre à nouveau que sa politique est toujours fondée sur le dépassement du clivage droite/gauche ?

Ce ne sont pas les amendements symboliques et de raccrocs sur la taxation des yachts et des Ferrari qui renverseront la tendance. La seule façon de prouver que la politique menée n’est pas pour les riches, c’est qu’elle finisse par profiter aux plus défavorisés, que la logique, dite scandinave, de flex-sécurité porte ses fruits. Le volet sécurité tarde ! La formation tout au long de la vie, l’accompagnement professionnel personnalisé, ne sont encore qu’à l’état de projet. Les théories macroniennes des outsiders et insiders, des droits formels qui ne seraient plus opérants et des droits réels qu’il faudrait développer, sont encore très conceptuelles et abstraites. Emmanuel Macron n’a cependant pas de gros souci politique à se faire dans l’immédiat. Sa seule vraie opposition, c’est la FI, qui, pour une large majorité des Français, est une opposition efficace mais pas encore une alternative souhaitable ou crédible. Emmanuel Macron a un avantage sur ses prédécesseurs, Chirac, Sarkozy et Hollande : lui au moins arrive –si toutefois il passe le cap de la contestation sociale en cours- arrive à mettre œuvre la politique sur laquelle il a été élu. Avant lui, François Mitterrand avait pu appliquer son programme pendant 2 ans mais ce fut un échec économique et il dut y renoncer. Ses successeurs n’ont, en réalité, pas fait grand-chose, ils n’avaient pas annoncé clairement leurs intentions et les crises économiques, sociales, des majorités courtes ou divisées, ne leur ont pas permis de réformer la France comme ils l’entendaient. Emmanuel Macron, qui a été plus clair pendant sa campagne, qui bénéficie d’une forte majorité et d’une bonne conjoncture, peut agir, si toutefois il passe la contestation sociale actuelle. Il n’y a pas d’élection avant 2019. Chacun pourra alors commencer à juger, pour lui-même ou le pays, de la pertinence ou non des mesures mises en œuvre.

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