Aujourd'hui, retour sur le discours d’Emmanuel Macron prononcé hier en hommage aux morts de la préfecture de police. Des mots forts, un appel à la mobilisation qu’il faut analyser dans le détail parce que chacune des phrases du président, isolées, pourraient être sujet à caution.

Emmanuel Macron le 8 octobre à la cérémonie en hommage des policiers victimes de l'attaque de la Préfecture de police de Paris
Emmanuel Macron le 8 octobre à la cérémonie en hommage des policiers victimes de l'attaque de la Préfecture de police de Paris © AFP / Ludovic Marin

Elles pourraient être ciblées par les habitués de la dénonciation-réflexe d’islamophobie. Les mots de ce discours peuvent aussi faire penser à un entrain belliqueux d’antan : "combattre l’hydre islamique", un appel à la délation, à la surveillance générale, mutuelle... 

"Société de vigilance", dit-il… sauf que le terme exact prononcé c’est "vigilance mais surtout pas soupçon". Ils peuvent, ces mots (ils le sont déjà), être récupérés, après avoir été triés, isolés, par les amalgameurs zémmouriens... 

D’autres, habituels victimaires, diront qu’il cible une communauté ou une religion

Ce type de discours, propice à toutes les interprétations tendancieuses, tétanise souvent les responsables politiques, qui préfèrent rester vagues pour ne pas envenimer la situation. Avec le discours d’hier, il n’en est rien !

Il est précis et républicain, ne fait que poursuivre le thème de l’hommage au colonel Beltrame. Qui, lui-même, était une étape de plus dans le crescendo entamé par François Hollande contre l’islamisme, enfin nommé clairement, après les attentats de 2015. 

Le propos d’hier accentuant encore le caractère impérieux de la lutte policière mais aussi politique, philosophique, culturelle contre un ennemi idéologique et militaire caché sous du religieux. 

Il empruntait (et ça n’a pas toujours été le cas chez le candidat, ni le président Macron) la posture chevènementiste. C’est-à-dire qu’il ne s’agit pas d’un autoritarisme de base mais bien d’une bataille idéologique, républicaine, de la raison contre l’obscurantisme et pour, je cite, "l’éveil raisonnable des consciences".

Posture’ chevènementiste, ce n’est qu’une posture ?

Non, plutôt un retour aux sources puisque, parait-il, étudiant, il le fut déjà, brièvement. Mais le chevènementisme, c’est aussi un fort volant social, un Etat puissant et interventionniste. Le discours aurait été plus cohérent, en appui d’une puissante action publique dans les territoires ghettoïsés, terreaux de l’islamisme. 

Par exemple, si le plan Borloo avait été accepté et mis en œuvre. Emmanuel Macron dit aussi : "les institutions, l’administration n’y suffiront pas" et appelle la société à se mobiliser. Mais en matière de déradicalisation, bien des acteurs institutionnels, associatifs, politiques, comme le montre le sociologue Olivier Bobineau dans son livre La voie de la radicalisation, observent  un relâchement de la part des pouvoirs publics. 

Les fonds alloués pour prévenir la radicalisation ont été drastiquement réduits. Les associations qui font de la prévention à la radicalisation auprès des populations ont parfois même disparu. Pire, des responsables de l'administration de la Protection judiciaire de la jeunesse estimaient il y a peu, dit Olivier Bobineau, que le problème de la radicalisation disparaît car Daesh n'existe plus depuis 2017. 

Mais la radicalisation est un long processus, multiforme, souvent caché ! Alors c’est vrai... L’Etat ne peut pas tout... Mais encore faudrait-il qu’il ne se désarme pas lui-même...

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