Le gouvernement est en difficulté. Le fichier EDVIGE est de plus en plus contesté, même au sein de la majorité. Rappelons d’abord qu’il s’agit de moderniser et de réactualiser l’ancien fichier papier des RG. Le problème, c’est que sa base de donnée va être élargie. En gros, tous les élus, ou tous ceux qui sollicitent un mandat, tous ceux qui ont un rôle dans les sphères politiques, syndicales, associatives seront fichés - s’il ne le sont pas déjà. Et puis il y a quelques imprécisions inquiétantes. On parle de la possibilité, dans certains cas –lesquels et pourquoi- de préciser l’orientation sexuelle d’une personne fichée. On parle de ficher des mineurs (dès 13 ans) susceptibles de troubler l’ordre public. Alors devant l’aspect liberticide d’EDVIGE, la machine à indignation est lancée. La mère de toutes les indignations fut bien sûr celle de Zola, Clemenceau et tous les défenseurs de Dreyfu. Depuis, l’indignation, souvent à géométrie variable et parfois non dénuée d’arrières pensées politiques, a toujours été un ressort de la mobilisation des foules en France. Parce que nous sommes un peuple paradoxal. Nous voulons un Etat fort et centralisé et, en même temps, nous chérissons les libertés individuelles qui passent souvent, comme le dit Albert Jacquard, par la possibilité de l’anonymat face à la puissance publique : « la liberté d’une personne -dit-il- est fonction de l’absence d’information que les autres ont sur elle ». Le cocktail du caractère gaulois, à la fois jacobin et libertaire, rend la gestion de l’indignation populaire par le gouvernement hautement incertaine. La loi sécurité et liberté dans les années 70, plus tard les quartiers de haute sécurité, diverses lois sur l’immigration ou sur l’éducation, les tests ADN récemment ont déstabilisé des gouvernements. C’est ce qui peut se produire avec Edvige. Et le gouvernement n’a rien vu venir. Cet été, personne n’en parlait. Edvige, c’est un acronyme qui sonne inoffensif - c’est pas le fichier Adolf ou Benito - mais les associations ont lancé des pétitions qui ont rencontré rapidement un écho via internet. Hier seulement, s’est déroulée, discrètement, une réunion de tous les directeurs de cabinets des ministres sur le sujet. Il leur a été distribué ce que l’on appelle des éléments de langages. Un document concocté par le porte-parole, Luc Châtel. Les ministres sont priés de le marteler dans les médias. Mais c’est peut-être trop tard. Tant que, les pétitionnaires n’étaient des intellectuels (comme dit Nicolas Sarkozy) "germanopratin" ; tant que « Marianne » et Jean-François Kahn ; tant que François Bayrou et la LCR s’égosillaient pour alerter une opinion en vacances, pas de soucis, on était dans le schéma classique : rêveur contre réac. Maintenant, il s’agit d’un problème politique dû à Hervé Morin, ministre de la défense, lorsqu’il se demande s’il est bien raisonnable de s’intéresser à l’orientation sexuelle des personne fichées. Hervé Morin est responsable de la sécurité du pays ! Edvige est en chantier depuis juin et c’est seulement pendant l’université d’été de son parti, le nouveau centre, qu’il découvre les dangers du fichage à outrance. Le ministre de la défense a décomplexé toute une partie de la majorité : le Parti Radical demande des explications, l’aile libérale de l’UMP s’inquiète aussi des effets de ce fichier, Laurence Parisot ne dit pas autre chose et on aimerait entendre les ministres d’ouverture ou Rama Yade sur la question ! Ou Carla Bruni ? mais faut pas rêver ! Comment ça peut finir ? Généralement, dans pareil cas, on enterre en douceur le projet. On nomme un haut fonctionnaire, une personnalité irréprochable, vaguement de gauche pour faire un rapport. La presse s’empresse de l’appeler monsieur, suivi du nom du problème (là ça ferait monsieur Edvige - imaginez si c’est une dame, ça ferait madame Edvige). Bref, le sage remet son rapport au ministre de l’intérieur qui s’empresse de faire semblant de s’en inspirer pour ressusciter la chose (sous un autre nom), un peu édulcorée et surtout, au cœur de l’été ou pendant une grande compétition sportive... Fastoche non ?

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