**Dans votre édito ce matin, encore la « Françafrique » Oui parce que, ce que l’on appelle la « Françafrique » vient de connaître un des épisodes significatifs. Je ne parle pas de l’élection d’Ali Bongo et de la neutralité officiellement affichée par Paris. Je veux parler des répercussions sur la politique française de cette fameuse françafrique. Aujourd’hui la Françafrique est personnifiée par Robert Bourgi. Homme d’affaires très influent, ami personnel de bien des chefs d’Etat africains, intime de la famille Bongo. Robert Bourgi est, en fait, le ministre de la coopération bis de la France. C’est l’incarnation de la diplomatie parallèle, la diplomatie d’affaire. Il se présente lui-même comme l’héritier de Jacques Foccart, le monsieur Afrique du Général de Gaulle et de Georges Pompidou. Il a été récemment décoré par Nicolas Sarkozy et est régulièrement missionné à peine officieusement par Claude Guéant, le secrétaire général de l’Elysée notamment dans cette République pétrolière qu’est le Gabon. La Françafrique est donc toujours bien vivante. Pourtant elle a souvent été dénoncée. Et notamment par Nicolas Sarkozy dans le fameux discours de Cotonou, avant l’élection, en 2006. Le futur président fustigeait violemment (et courageusement pensait-on à l’époque) ces relations malsaines entretenues avec des chefs d’états corrompus et qui génèrent des détournements de fonds aux dépends des peuples. L’éviction de Jean-Marie Bockel du ministère de la coopération et les divers blocages de poursuites judiciaires en France contre certains chefs d’état africain qui entassent chez nous des biens mal acquis nous ont montré que la rupture ne passerait pas là non plus. Bon voilà le décor, mais quoi de neuf ?He bien monsieur Bourgi, vient de confirmer par un récit précis que c’est bien Omar bongo qui a demandé la tête de Jean-Marie Bockel au ministère de la coopération. Robert Bourgi a même expliqué à nos confrères de RTL que Nicolas Sarkozy avait demandé à Omar Bongo de former Alain Joyandet le nouveau secrétaire d’Etat à la coopération, à l’Afrique. Sortons du folklore et du reflexe du genre « mais ça s’est toujours fait, rien de nouveau sous le soleil ». En réalité on a la confirmation qu’un chef d’Etat étranger a demandé, et obtenu, des modifications dans la composition du gouvernement français ! Imaginez que l’Allemagne nous demande de changer notre ministre des affaires européennes pour préserver des interets particuliers! Ce serait évidemment un scandale retentissant. Un chef d’Etat africain ne veut plus d’un ministre de la coopération et ça ne suscite quasiment aucune réclamation, aucune réaction en haut lieu, presque pas de commentaires. Ça montre à quel point on est accoutumé, drogué à la Françafrique. Et puis cette affaire révèle un autre aspect tragique de notre vie politique. Songez que Jean-Marie Bockel qui n’avait fait que lever le doigt poliment pour dire « excusez moi de déranger mais je voudrais juste commencer à réformer la françafrique pour envisager de tenir la promesse du président ». Juste ça, ça a suffit à Omar Bongo et à quelques autres potentats africains pour obtenir sa tête. Bockel est muté aux anciens combattant, puis sous-sous secrétaire d’état aux prisons…et il accepte ces placards au fin fond du gouvernement! C’est ça le plus étrange dans cette affaire ! Jean-Marie Bokel, homme politique d’expérience accepte de se faire trahir, punir, humilier. Tant que ce n’était que des dires de journalistes, il pouvait toujours clamer que c’était faux et faire semblant de croire qu’on le croyait…mais maintenant que c’est avéré et raconté par un ami personnel du président, par le pape de la françafrique lui-même !L’absence de réaction de Jean-Marie Bockel fait partie de ces mystères, de ce que le pouvoir fabrique et peut modifier dans les attitudes de certaines personnes.**

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.