**Les manifestations ont eu lieu, le Président a répondu, et les leaders syndicaux aussi...Et la mécanique répétitive, lassante du dialogue social de sourds ou de dupes, à la Française, suit son cours, toujours le même depuis des lustres… Les déclarations de l’exécutif, les réponses des syndicats ressemblent à s’y méprendre aux déclarations de l’exécutif, aux réactions des syndicats, après chaque manifestation d’ampleur, depuis que j’ai l’âge de lire le journal et d’écouter la radio. Et maintenant je parle dedans et j’ai l’impression d’avoir déjà lu cent fois ce que je m’apprêtais à dire... Vous allez reconnaître tous ces termes! J’allais jauger l’air docte le fameux « rapport de force » pour savoir qui va gagner ? Le pouvoir « va-t-il céder ? », « la rue va-t-elle faire plier le gouvernement ? ». Le gouvernement, justement, ou plutôt ce qui en tient lieu, c'est-à-dire l’Elysée prend acte de la mobilisation, tente de la minimiser mais reconnaît qu’il faut entendre le « message de la rue ». Il fait des concessions, il dit des « avancées », les syndicats trouvent que « le compte n’y est pas », que le pouvoir reste « sourd à la grogne sociale » et que l’on modifie le texte « à la marge ». Vous la connaissez par cœur cette musique ! Si la contestation s’amplifie au pire, l’exécutif peut vider la loi de sa substance pour n’en garder l’enveloppe, on dira alors qu’il a « sauvé la face »… En réalité derrière ce théâtre d’ombre, les leaders syndicaux et le ministre en charge du dossier chaud se voient en douce ou bien ce sont leur émissaires qui négocient discrètement ce qui sera convenu d’appeler « des portes de sorties honorables». Sous Nicolas Sarkozy, la seule différence c’est que ça ne se passe pas entre le ministre et les syndicats mais entre l’Elysée (et singulièrement le surpuissant conseiller Raymond Soubie) et les syndicats. Le Parlement sera simplement chargé d’enregistrer le résultat de ces concessions préprogrammées. Les syndicats prévoient une autre journée d’action. On s’arrange pour que personne ne soit humilié à la fin, pour que chacun et surtout le perdant puisse « sortir par le haut » du conflit…c’est un autre terme consacré. En somme, tout est-il joué en coulisses, tout est prévu ?Non mais simplement que les mécanismes de ce faux dialogue sont toujours les même et que ce ne serait pas grave si c’était un mécanisme pour aboutir à un consensus ou de larges accords. Ce n’est pas le cas puisqu’il faut gagner contre les autres. Alors les mécanismes sont toujours les mêmes et chacun y trouve son compte. La gauche peut entretenir le romantisme du pavé avec sa charmante odeur d’insurrection et la droite, qui adore ça, peut bomber son torse d’autorité responsable et courageuse. Un numéro de Musclor qu’a pu exécuter hier après-midi le Président devant les députés UMP. « Regardez comme je suis fort, ma réforme survie à deux million de manifestants ». Les syndicats ont fixé leur prochaine journée d’action pour dans quinze jours... Le texte sera encore au Sénat. Il est probable que Raymond Soubie sache déjà ce qu’il va céder si la prochaine mobilisation est forte. Il est même probable que les leaders syndicaux sachent ce que Raymond Soubie à prévu de céder. Il est donc assez probable que les journalistes spécialisés ne soient pas loin de le savoir aussi! Je souhaite bien du courage à mon camarade Philippe Lefébure pour nous raconter tout ça dans les prochains jours...sans dire, c’est un défit : « La rue va-t-elle faire plier le gouvernement ? », « le compte n’y est pas », le pouvoir reste « sourd à la grogne sociale », le texte est modifié à « à la marge » ou « il est « vidé de sa substance », les syndicats « sauvent la face » ou trouvent une « porte de sortie honorable ».**

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