Le 11 septembre et les jours qui ont suivit, l’Amérique s’est attirée la sympathie du monde et singulièrement de la France. Vous l’avez vécu sur place puisque vous étiez en poste à New York.

Le 11 septembre, dés l’après midi, j’ai vu fleurir tous ces drapeaux américains, toutes ces bannières étoilées dans les rues, sur les voitures, aux revers des vestes et sur le moment je me suis surpris à trouver ça tout à fait normal et tout à fait compréhensible. Pour peu, j’aurais mis, moi aussi un drapeau à ma fenêtre. Les quelques jours qui ont suivi l’attentat je me suis senti américain, par solidarité et parce que j’habitais New York et que j’avais vu les tours s’effodrer. Ça n’a pas duré longtemps et ça m’a paru tellement étrange et tellement inattendu que je me suis dit que ce sentiment devait avoir quelque chose d’un peu universel. Cet état de grâce américain dans l’opinion mondiale avait été parfaitement traduit par le Monde qui, de l’autre coté de l’Atlantique titrait « nous sommes tous américains » s’ouvrait alors une ère de grande opportunité. Ce capital de sympathie mondiale aurait pu être utilisé à autre chose qu’à constituer une coalition bancale de pays volontaires pour une guerre basée sur un mensonge et des intérêts bien compris.

Et puis, entre la France et l’Amérique, les relations se sont particulièrement crispé.

La guerre en Irak a fait s’opposer, diplomatiquement la France et l’Amérique, ces deux pays qui ne se sont jamais fais la guerre de toute leur histoire (la France est le seul grand pays d’Europe dans ce cas là). Ces deux pays frères depuis Lafayette et le débarquement ne se sont pas compris. Une passe d’arme à l’ONU entre Dominique de Villepin et Colin Powell résume l’état d’esprit de cette époque : « C’est un vieux pays qui vous parle » dit le français pour donner de la solennité à son propos. L’américain lui rétorque « c’est la plus vielle démocratie qui vous répond ». Ces deux pays s’adorent, s’admirent et s’exaspèrent. Leur vie politique est basée sur des idéologies qui leur sont propre mais qui sont cousines, nées des lumières, de la révolution et de la guerre d’indépendance. Ces deux pays se disent chacune la patrie des droits de l’homme. Ils ont une pensée qu’ils prétendent universelle, deux pays d’émigration, deux pays de droits du sol. L’Amérique est insupportable à la France parce qu’elle est puissante et impérialiste, la France est exaspérante pour l’Amérique parce qu’elle est petite, rebelle et prétentieuse. Ces deux universalismes passent leur temps à se frictionner. Finalement, il faut peut-être relire la Une du Monde « nous sommes tous américains » en lui donnant une autre signification que celle d’un moment de compassion pour un allié particulier. En réalité, pour la première fois (Pearl Harbour mis à part) l’Amérique était la cible. Pour la première fois, donc, l’Amérique sortait de son double rôle traditionnel d’agresseur ou de sauveur intouchable. Le 11 septembre finalement ce n’était pas nous qui devenions tous américains, comme l’affirmait Jean-Marie Colombani mais c’était l’Amérique qui devenait comme nous à la merci. A la merci des aléas politiques, comme le reste du monde. L’Amérique pouvaient donc subir, elle aussi les conséquences des déséquilibres du de la planète.

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