Ce matin, chaque école doit afficher la charte de la laïcité voulue par Vincent Peillon.

La laïcité, largement invoquée ces temps-ci, est souvent brandie comme une valeur… Un peu comme le quatrième pied du triptyque : Liberté, Egalité, Fraternité. Mais on devrait plutôt prendre la laïcité pour ce qu’elle est : un principe, un bien commun, un outil. Pour comprendre le besoin de réaffirmer ce principe, je vous soumets cette petite histoire vraie, qui s’est produite l’année dernière dans une commune limitrophe de Paris. Une commune dans laquelle règne une diversité sociale et ethnique assez harmonieuse. Un groupe de parents d’élèves de la FCPE s’était réuni dans un café, plutôt que dans le local habituel, pour faire le point sur la vie de l’école de leurs enfants. Le mari de l’une des déléguées y est venu à la place de sa femme en expliquant qu’il était inconcevable que les parents d’élèves se réunissent dans un bistro, que ce n’est pas la place des femmes, surtout qu’on y boit de l’alcool. Il estimait –dans un accès d’auto-victimisation- que ce lieu avait précisément été choisi pour exclure les musulmans de la réunion ! Bien sûr les membres de ce groupe (d’ailleurs de toutes origines) tombaient des nues et se sont sentis profondément troublés par cette scène. Quelques jours après, la section de la FCPE avait un courrier à adresser à leurs adhérents sur un tout autre sujet. Et quand il s’est agit d’écrire la formule qui conclut les lettres de la FCPE, un vif débat a divisé le groupe. Fallait-il mettre la formule classique « amitiés laïques » ? Dans ce petit groupe de militants associatifs, plutôt de gauche, c’était « tempête sous les crânes ». Les uns disaient qu’« amitiés laïques » risquait d’être vécue par les musulmans de la ville comme une stigmatisation… les autres défendaient le principe, le mot et son message.

C’est effectivement le risque : que les musulmans se sentent visés par la charte de la laïcité…

Bien sûr c’est le risque… mais il ne faut pas être hypocrite, la laïcité, inventée en 1905 pour contrer l’emprise de l’église catholique sur la société, au nom des valeurs de la République, héritées des Lumières, a aujourd’hui une mission similaire. En 1905, la religion devenait officiellement une affaire privée que l’on devait protéger mais qui ne devait pas peser sur les affaires publiques et particulièrement sur l’éducation des enfants. A l’époque ce combat avait la noblesse d’un combat contre un pouvoir dominant, puissant et hiérarchisé. Aujourd’hui ce sont certains musulmans qui –par repli identitaire- n’intègrent pas les règles de la laïcité. Mais surtout, contrairement à l’église catholique de 1905, ils ne constituent pas un pouvoir dominant et leurs membres subissent une discrimination (raciale ou ethnique plus que religieuse d’ailleurs). Discrimination qui est l’une des causes (pas la seule) des replis identitaires qui les éloigne de la laïcité. D’où la difficulté de certains militants antiracistes d’appréhender le concept de laïcité pour ce qu’il est. Faire accepter la laïcité ne peut se réaliser que si, en même temps, on lutte contre les discriminations. Mais on ne peut lutter contre les discriminations qu’en ne cédant rien sur les principes laïques : Voilà pourquoi, la section de la FCPE (qui n’a toujours pas tranché son débat) serait bien avisée de conclure sa lettre par ces deux beaux mots : « amitiés laïques ».

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