Ce matin vous évoquez le rôle et la parole de l’église dans la crise des migrants.

Oui, parce que de toutes les prises de paroles politiques (rangeons les propos du pape dans cette catégorie) c’est sans doute celle de l’église qui est la plus limpide et prouve que parfois la morale peut être une politique et inversement. Le pape François (loin des finasseries fuyardes d’un Pie XII pendant la seconde guerre mondiale) a pris une position sans ambages en faveur de l’accueil des réfugiés. Dans la lignée d’un Jean XXIII qui, dans l’encyclique Pacem in Terris, en 1963, réveillait le concept de Fraternité Universelle que l’on trouve dans les épîtres de Paul. Et c’est là que réside la force de la position de l’église catholique : l’inconditionnalité. On est loin du communautarisme. S’il y a une attention toute particulière portée au sort des chrétiens d’Orient de la part de nombreux catholiques, ou d’une partie du personnel politique -enclin, justement, à jouer la veine communautariste - le pape, les évêques et, dans la très grande majorité des cas, les prêtres sur le terrain appellent, eux, à accueillir et donner asile à tous les réfugiés, d’où qu’ils viennent, quelle que soit leur religion (ils appellent et le font). On est là à rebours d’un Victor Orban qui craint pour l’identité chrétienne de l’Europe, ou de la pétochardise quasi-raciste des maires de Roanne ou de Belfort qui ne veulent de réfugiés chez eux que chrétiens. Le pape François a des mots qu’aucun politique, au pouvoir (dans un vrai pays, je veux dire), n’ose prononcer. Il parle « des dizaines de milliers de demandeurs d'asile qui fuient la mort, victimes de la guerre et de la faim », notez, qu’il parle de la faim et refuse donc de faire le distinguo entre réfugiés politiques et migrants économiques.

Après ce panégyrique, on se dit que vous faites le tri dans le message de l’église…vous êtes beaucoup moins élogieux quand les évêques parlent du mariage pour tous…

Oui, je fais le tri entre le politique et l’intime. Quand les autorités catholiques parlent d’un fait comme une vague migratoire, la faim ou la paix dans le monde, quand ils disent ce qu’est la morale chrétienne sur ces points, ils sont dans la sphère de la Fraternité Universelle. Quand ils se mêlent des relations privées, des attitudes individuelles et érigent des interdits, ils quittent la sphère de la Fraternité Universelle… qui est une notion commune à la morale chrétienne et aux valeurs de la République. Marcel Gaucher et Olivier Bobineau, dans leur livre Le religieux et le politique , montrent que la Fraternité, la troisième branche du triptyque de la République, à travers les Lumières, vient, pour une part, de cette notion chrétienne de Fraternité Universelle. Elle est partagée d’ailleurs par les juifs de France : le grand Rabin Haim Korsia affirme que « les réfugiés sont nos frères en humanité ». On la voit à l’œuvre, cette notion, pour ce qui est des migrants. On ne la retrouve pas dans la définition de ce que doit être une relation amoureuse, selon les activistes catholiques sur ces sujets. D’ailleurs, le pape ne dit pas autre chose quand il déclare « si une personne est homosexuelle, qui suis-je pour la juger ? ».

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