La polémique autour des propos de Lilian Thuram, la semaine dernière.

Lilian Thuram
Lilian Thuram © AFP / Christophe Simon

Oui, le champion du monde, répondant au Corriere dello sport,  a mis le feu avec ces mots : ‘les blancs pensent qu’ils sont supérieurs’

Retenons juste : ‘les blancs pensent que...’ Quatre mots qui forment un propos raciste dans la bouche d’un militant, pourtant antiraciste dénonçant les cris de signe des abrutis des tribunes de foot. 

Comment une partie de la lutte antiraciste sincère a pu glisser vers un communautarisme des arguments pour qu’au lieu de réduire la pression, elle contribue, au contraire à vitaliser le racisme ? ’Les blancs pensent que...’ ce n’est pas juste une généralisation, c’est une essentialisation

Rien à voir avec ‘les ouvriers ou les bourgeois, les jeunes, les paysans pensent que’. Dans ces derniers cas, il s’agit de décrire ce qu’un groupe social produit sensément comme opinion. Affirmations qui n’évitent ni la généralisation ni la stigmatisation, sans être racistes pour autant. 

‘Les blancs pensent que...’ pour Thuram (ou pour le sociologue Eric Fassin ou la journaliste Rokhaya Diallo), c’est une façon de dire ‘l’expérience de vie des blancs, en situation majoritaire, les amène à penser que... Ils placent les blancs dans une condition de dominateurs, soit racistes, soit inaptes à l’anti-racisme. 

Ce serait la condition civile, sociale (majoritaire ou minoritaire) de blancs, d’arabes ou de noirs, qui déterminerait seule qui est raciste et qui est victime du racisme. Soit. Seulement la formule ‘les blancs pensent que...’, dans le contexte de repli ethnique, de communautarisation de tout, mais aussi dans un pays de discrimination de fait et de ghettoïsation, est des plus inappropriée. Elle lie irrémédiablement un état racial (qui reste d’ailleurs à définir) à une façon d’être ou de penser. 

Lilian Thuram est donc accusé de racisme anti-blanc

La seconde partie de sa phrase pourrait le laisser penser. Mais la réalité du racisme (prenons les travaux d’Eric Fassin) serait d’abord une expérience vécue de discrimination. Or, le racisme anti-blanc, résiduel, dans quelques cités, n’est pas du tout un phénomène social. Une fois n’est pas coutume, je vous livre une expérience personnelle qui m’a fait toucher du doigt ce que, normalement, je ne vis pas du fait de la couleur de ma peau. 

En 1998,  reporter à RTL, je suis envoyé à Zagreb pour la demi-finale de la coupe du Monde, France-Croatie, vue depuis la place principale de la ville. Lilian Thuram, héros du match, avait marqué 2 buts. Au second, une partie de la foule s’est mise à pousser des cris de singes. Voyant que j’étais français, un groupe m’adressait ses cris, ses grimaces, me pointait du doigt. J’étais noir, dans leurs yeux, par délégation. J’ai ressenti, un échantillon (échantillon seulement!) de racisme. 

Donc oui, ce que vivent quotidiennement les blancs (pour peu qu’il faille définir ce terme) les rend moins apte à comprendre la réalité du racisme quotidien, la discrimination à l’embauche, au logement, le contrôle au faciès

Mais, pour autant, faire de cette différence d’expérience de vie un trait ethnique rédhibitoire, c’est réarmer le racisme, réarmer d’abord ceux qui se pensent supérieurs parce que blancs. Dire ‘les blancs pensent que...’, c’est enfermer l’individu dans son groupe ethnique… définition de base du racisme.

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