Il y a un an jour pour jour, le CPE, le Contrat Première Embauche, imaginé par le premier ministre Dominique de Villepin était enterré. Après la forte mobilisation qu'il avait suscitée, l'idée d'un contrat spécifique pour les jeunes semblait écartée pour quelques décennies. Et bien c'était sans compter la campagne présidentielle... C'était un lundi, Dominique de Villepin prononçait lui même l'acte de décès de son CPE. Déjà mis sous respirateur artificiel, il faut le dire, par Jacques Chirac en personne 10 jours auparavant, qui avait inauguré à cette occasion une nouvelle démarche administrativo législative : la "susmulgation", mélange concommitant de promulgation et suspension d'une loi. Le premier ministre ne se remit jamais de cette épreuve de force avec la rue, sa majorité et l'Elysée. Il abandonna à l'époque toute ambition présidentielle. Et c'est vrai que tout le monde s'était dit, après le CIP de Balladur et le CPE de Villepin, qu'il fallait être fou pour y revenir, à savoir proposer aux jeunes un contrat dérogatoire au droit commun des travailleurs ! Et bien c'était sans compter... sur Ségolène Royal ! Soucieuse fin mars de recentrer son discours sur le social, la candidate socialiste n'a rien trouvé de mieux que de sortir de son chapeau un nouveau contrat jeune. Contrat inconnu de son pacte présidentiel, inconnu de son staff de campagne à de rares exceptions près. "Elle a inventé ça dans sa voiture en partant dans la Creuse" fulmine encore un socialiste. çà, c'est le contrat première chance, le CPC. A l'origine, un contrat aidé pour les jeunes sans qualification, 1 an de charge et de salaire remboursé par la région à la petite entreprise qui jouerait le jeu. le problème c'est qu'aussitôt énoncé, le CPC a immédiatement fait bondir tout le monde. La droite, normal, a fustigé ce contrat "si t'es jeune, c'est pas de chance". Toute l'aile gauche de la gauche, Voynet, Bové, Buffet et Besancenot ont dénoncé ce "CPE bis", mais c'est sans doute à l'intérieur du PS et dans ses satellites les plus proches que la contestation a été la plus forte. Un cadre du parti s'est retrouvé au bord de la démission, l'Unef et les jeunes socialistes ont parlé de "connerie", et ont entamé un bras de fer avec la candidate, menacant rien de moins que d'arrêter de faire campagne. Candidate qui officiellement a joué les bravaches, adoptant la position blairiste qu'elle affectionne, rien de ce qui marche ne doit être écarté. Candidate qui en réalité, a plié sur le fond, laissant à la sociologue du travail Dominique Méda, le soin de proposer un contrat acceptable - ce qui fut fait vendredi. Mais non sans dégât... Conférence de presse au siège du PS pour fêter aujourd'hui la victoire contre le CPE il y a un an - annulée. Etats d'âme grandissant des élus ou cadres socialistes qui décidément ne comprennent rien à la campagne de leur candidate si ce n'est sa dérive droitière "elle est irresponsable, nous serons responsables pour elle" confiait l'un d'eux hier soir. Coupure avec le terrain social et syndical, fracture avec les éventuels partenaires de second tour, trouble de l'opinion qui elle même s'inquiète des zigs zags de Ségolène Royal. François Hollande, premier secrétaire du PS envoie depuis quelques jours textos apaisants aux uns et aux autres pour tenter de remobiliser les troupes. Reste à croire à la force et la vertu réparatrice des sms dans une campagne présidentielle.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.